Nigeria : un vétéran du marché appelle à former les journalistes financiers
Sola Oni, figure du journalisme financier nigérian, exhorte la SEC et la NGX à investir dans la formation des journalistes spécialisés, condition selon lui d'une protection réelle des investisseurs.

Sola Oni a fêté ses 66 ans avec un message qui ne ressemble pas à un discours d'anniversaire. Ce vétéran du journalisme financier nigérian, également professionnel des marchés de capitaux, a demandé sans détour à la Securities and Exchange Commission (SEC), à la Nigerian Exchange (NGX) et aux institutions du marché de faire de la formation des journalistes financiers une priorité stratégique. Son argument tient en une phrase : la protection des investisseurs commence par une presse économique compétente. Sans journalistes capables de décrypter les états financiers, de repérer les signaux faibles et de poser les bonnes questions aux régulateurs, les investisseurs naviguent à l'aveugle.
Le contexte donne du poids à son appel. La NGX a enchaîné les records ces derniers mois, portée par des résultats bancaires solides et un appétit renouvelé pour les actions nigérianes. Mais un marché qui monte attire aussi les montages douteux, les communications financières approximatives et les promesses de rendement trop belles. C'est précisément là que le journalisme spécialisé joue son rôle de filtre. Oni insiste sur un point : les rédactions généralistes ne suffisent pas. Il faut des reporters qui connaissent les rouages de la cotation, les obligations d'information continue et les subtilités des ratios prudentiels. Cette expertise ne s'improvise pas ; elle se construit avec des formations ciblées, financées par les institutions elles-mêmes.
L'appel ne s'arrête pas à la formation. Oni met en garde contre les pressions qui pèsent sur l'indépendance éditoriale. Les entreprises cotées, les intermédiaires et parfois les régulateurs eux-mêmes ont intérêt à orienter le récit. Un journaliste financier sous-payé ou mal outillé devient une proie facile. Pour lui, la crédibilité du marché nigérian se joue aussi sur ce terrain : des médias économiques forts, capables de publier une enquête dérangeante sans trembler, rassurent les investisseurs étrangers autant que les petits porteurs locaux.
À 66 ans, Sola Oni ne demande pas un hommage mais un investissement. Son message s'adresse autant aux autorités qu'aux rédactions : la qualité de l'information financière n'est pas un luxe, c'est une infrastructure de marché. Un investisseur mal informé prend de mauvaises décisions ; un marché mal couvert attire les capitaux les moins patients. La leçon vaut pour Lagos comme pour les autres places africaines qui cherchent à élargir leur base d'actionnaires.
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