Nigeria : un ex-patron de l'ONUDI veut transformer le géant démographique en usine africaine
Kandeh Yumkella, ancien directeur général de l'ONUDI, estime que le Nigeria possède les bases pour devenir la puissance industrielle de l'Afrique, à condition de convertir son marché et ses ressources en exportations compétitives.

Kandeh Yumkella connaît le dossier. L'ancien directeur général de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) a posé un diagnostic simple sur le Nigeria : le pays a les fondations, mais pas encore les murs. Marché de plus de 220 millions d'habitants, réserves de gaz et de pétrole, diaspora entreprenante, secteur bancaire dense — la matière première est là. Ce qui manque, dit-il, c'est la capacité à transformer cette matière en produits finis exportables. Pas de quoi pavoiser, donc, mais une base que peu de pays africains peuvent revendiquer.
Le problème n'est pas nouveau. Le Nigeria exporte du brut et importe de l'essence raffinée, exporte du cacao et importe du chocolat. Yumkella pointe l'écart entre le potentiel et la réalité productive. Les zones industrielles restent sous-électrifiées, les routes intérieures coûtent cher au transport de marchandises, et le crédit aux PME manufacturières reste rare. Résultat : les usines tournent en dessous de leur capacité, quand elles ne ferment pas. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une industrie qui tourne crée des emplois et réduit la dépendance aux envois d'argent.
Yumkella insiste sur un point : le Nigeria ne peut pas se contenter d'assembler pour le marché local. Il lui faut viser l'exportation vers la CEDEAO et au-delà. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre une fenêtre, mais elle exige des normes de qualité, des délais de livraison et des prix compétitifs que peu d'usines nigérianes respectent aujourd'hui. Le pays a les banques pour financer, les ports pour exporter, les entrepreneurs pour innover. Ce qui bloque, c'est l'exécution : électricité instable, fiscalité multiple, douanes imprévisibles.
Le Nigeria n'a pas besoin d'un nouveau plan Marshall. Il a besoin que l'électricité arrive, que les routes tiennent, que les crédits sortent. Yumkella le dit sans détour : le pays a le marché, les ressources et les hommes. S'il ne devient pas la puissance industrielle de l'Afrique dans les dix ans, ce ne sera pas faute d'atouts. Ce sera faute d'avoir transformé les discours en usines.
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