Nigeria : les télécoms passent de 500 millions à 75 milliards de dollars en 25 ans
Bismarck Rewane chiffre la révolution télécoms nigériane : l'investissement cumulé dans le secteur est passé de 500 millions à 75 milliards de dollars en un quart de siècle, porté par la libéralisation de 2001.

Bismarck Rewane a posé un chiffre qui résume tout. L'investissement cumulé dans les télécommunications nigérianes est passé d'environ 500 millions de dollars au début des années 2000 à 75 milliards aujourd'hui. Le patron de Financial Derivatives Company, également président de FCMB, a présenté ce bilan comme l'une des transformations les plus profondes de l'économie nigériane en vingt-cinq ans. Il faut se souvenir du point de départ : en 2001, le Nigeria comptait moins de 500 000 lignes téléphoniques pour plus de 120 millions d'habitants. La téléphonie était un luxe réservé aux bureaux et à une élite urbaine. La libéralisation du secteur cette année-là a tout déplacé.
Les licences GSM attribuées à MTN, Glo et Econet — devenu Airtel — ont ouvert la porte à une concurrence qui a fait chuter le prix des cartes SIM et des communications. En quelques années, le nombre d'abonnés mobiles a dépassé les dizaines de millions, puis la barre des 200 millions de lignes actives. Les opérateurs ont construit des milliers de kilomètres de fibre optique, des data centers, des tours dans des zones rurales où aucune banque n'avait jamais mis les pieds. Cet argent n'est pas resté dans les télécoms : il a financé la fintech, le mobile money, le commerce en ligne, et donné au Nigeria l'un des écosystèmes numériques les plus dynamiques d'Afrique.
Rewane ne se contente pas de célébrer. Il souligne que cette croissance s'est faite dans un environnement difficile : naira instable, inflation à deux chiffres, coûts d'importation des équipements en dollars. Les opérateurs ont dû composer avec des taux de change qui ont parfois doublé en quelques mois, ce qui renchérit chaque antenne, chaque câble, chaque licence logicielle. C'est là que le bât blesse aujourd'hui. Le secteur qui a le plus modernisé le Nigeria reste exposé aux mêmes maux que le reste de l'économie : dépendance au dollar et pression sur les marges.
Le chiffre de 75 milliards de dollars dit aussi une chose simple : les télécoms sont devenues un pilier de l'économie nigériane, au même titre que le pétrole. Mais un pilier qui rapporte des services, pas des barils. Rewane place cette révolution devant celles de la banque et de la finance, qu'il connaît bien. Pour lui, l'enjeu des vingt-cinq prochaines années ne sera plus de connecter les gens, mais de faire tourner cette infrastructure à plein régime : données, cloud, intelligence artificielle, services aux entreprises. Le Nigeria a construit les routes. Il reste à y faire circuler la valeur.
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