La chute du Naira gonfle la part des filiales étrangères dans les banques nigérianes
Selon Fitch Ratings, la dépréciation du Naira entre 2023 et 2024 a mécaniquement augmenté la contribution des filiales étrangères aux revenus et aux actifs des groupes bancaires nigérians.

La dépréciation du Naira a modifié la structure des revenus des banques nigérianes. Fitch Ratings révèle que la chute de la monnaie locale entre 2023 et 2024 a gonflé la part des filiales étrangères dans les comptes des groupes bancaires. Un effet mécanique : quand la monnaie locale perd de sa valeur, les revenus générés en devises fortes pèsent plus lourd une fois convertis en Nairas. Les filiales implantées au Ghana, au Kenya ou en Côte d'Ivoire rapportent donc davantage, non pas parce qu'elles ont performé, mais parce que le Naira s'est effondré. Cette distorsion comptable masque la réalité des opérations locales.
Le phénomène inverse se profile pourtant. Si le Naira se stabilise ou se renforce, cette contribution exceptionnelle va refluer. Les groupes bancaires qui ont surfé sur cet effet de change devront alors démontrer la vraie rentabilité de leurs filiales. Fitch note que certaines banques dépendent désormais de ces revenus externes pour maintenir leurs marges. Une dépendance qui pourrait devenir un piège si la volatilité persiste. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les banques ajustent leurs tarifs en fonction de ces écarts de change.
Les banques nigérianes ont longtemps tiré leurs profits du marché domestique. La dépréciation a accéléré une diversification forcée. Access Bank, Zenith ou GTCO affichent désormais des bilans où l'international pèse plus lourd. Mais cette internationalisation s'est faite sous la contrainte, pas par stratégie. Fitch souligne que la qualité des actifs des filiales reste inégale selon les pays. Certaines opérations en Afrique de l'Est ou de l'Ouest peinent à générer des marges solides hors effet de change.
La question qui monte chez les analystes : que restera-t-il de cette embellie quand le Naira arrêtera de plonger ? Les groupes qui ont investi dans de vraies capacités locales — dépôts, crédits, réseaux — résisteront mieux. Les autres devront justifier des acquisitions coûteuses. Pour l'instant, la dépréciation offre un répit comptable. Il ne règle ni les problèmes de capital, ni la concurrence des fintechs, ni la méfiance des déposants nigérians.
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