Nigeria : les réserves de change ne sont pas un bas de laine
Le gouverneur de la banque centrale du Nigeria a défendu la gestion des réserves de change, face aux appels à les utiliser pour soutenir le naira. Une mise au point qui éclaire la stratégie monétaire du pays.

Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria (CBN), Olayemi Cardoso, a profité du forum des dirigeants de BusinessDay à Lagos pour recadrer le débat. Face aux critiques qui réclament une utilisation plus offensive des réserves de change pour défendre le naira, il a rappelé que ces réserves ne sont pas un « bas de laine » dans lequel on puise sans compter. Elles servent d'abord à garantir les importations et à stabiliser l'économie sur le long terme, pas à soutenir artificiellement une monnaie.
Les réserves du Nigeria s'élèvent à environ 33 milliards de dollars. C'est peu, comparé aux besoins du pays. Chaque mois, l'importation de carburant, de denrées alimentaires et de biens de consommation exige des milliards de dollars. Si la CBN puisait massivement dans ces réserves pour soutenir le naira, elle épuiserait rapidement sa marge de manœuvre. Le précédent de 2016, quand le pays avait dû dévaluer après avoir brûlé ses réserves, reste dans les mémoires. Cardoso refuse de répéter cette erreur.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette prudence a un impact direct sur le coût des transferts. Un naira stable, c'est moins de volatilité sur les taux de change appliqués aux envois de fonds. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ces variations en temps réel, mais une monnaie qui fluctue fortement complique la planification des ménages qui dépendent de ces revenus. La stratégie de la CBN vise à éviter les chocs brutaux, même si cela implique de laisser le naira s'ajuster progressivement.
En réalité, Cardoso joue une partie serrée. Il doit concilier la défense du pouvoir d'achat des Nigérians, la nécessité d'attirer des investisseurs étrangers et la préservation d'un coussin de sécurité. Les réserves ne sont pas là pour être dépensées, mais pour inspirer confiance. Tant que le Nigeria continuera d'exporter du pétrole, il pourra reconstituer ses réserves, mais chaque crise mondiale rappelle à quel point cette dépendance est fragile. Le message du gouverneur est clair : la rigueur d'aujourd'hui évite les dévaluations douloureuses de demain.
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