Nigeria : les PME, moteur d'emplois que le pays néglige
Une chronique du Punch appelle Abuja à délaisser les chiffres du PIB pour soutenir les petites et moyennes entreprises, créatrices d'emplois et de croissance durable.

Le Nigeria court après le PIB. Une chronique publiée cette semaine dans le Punch pose une question simple : à quoi bon afficher une croissance de 3 % quand le chômage des jeunes reste au-dessus de 40 % dans plusieurs États ? L'auteur, un éditorialiste économique nigérian, plaide pour un changement de cap. Il ne s'agit pas de produire plus de pétrole ou d'attirer des capitaux dans les grands projets, mais de soutenir les petites et moyennes entreprises, ces structures qui embauchent localement et résistent mieux aux chocs. Son constat : les politiques actuelles favorisent les grands groupes et les importateurs, pas ceux qui créent des emplois de proximité.
Les chiffres lui donnent raison. Les PME représentent environ 48 % du PIB nigérian et près de 84 % des emplois, selon les données de la Small and Medium Enterprises Development Agency of Nigeria (SMEDAN). Pourtant, elles n'ont accès qu'à une fraction des crédits bancaires, souvent à des taux prohibitifs. La Banque centrale du Nigeria a lancé plusieurs programmes de refinancement, mais les fonds n'atteignent pas toujours les petits entrepreneurs. L'auteur cite le cas des commerçants d'Oshodi, à Lagos, qui empruntent au quotidien à des prêteurs informels à des taux de 10 % par mois. Un système qui étouffe toute velléité d'expansion.
Le problème n'est pas seulement financier. La chronique pointe aussi l'instabilité réglementaire, les coupures d'électricité chroniques et le coût du transport, qui pèsent sur les marges des petites structures. Dans un pays où l'inflation a dépassé 30 % en 2024, chaque hausse du carburant ou du dollar se répercute immédiatement sur les prix d'achat. Pour les entrepreneurs, la priorité n'est pas de conquérir de nouveaux marchés, mais de survivre. L'auteur propose de simplifier la fiscalité pour les entreprises de moins de dix salariés et de créer des zones industrielles légères dans chaque État.
La proposition n'est pas neuve. D'autres pays africains, comme le Rwanda ou le Ghana, ont misé sur des guichets uniques pour les PME et des formations à la gestion. Le Nigeria, lui, continue de disperser ses efforts entre des agences fédérales et des programmes étatiques qui se chevauchent. La chronique se termine par un appel à la cohérence : tant que les petites entreprises ne pourront pas emprunter à un taux raisonnable et vendre sans craindre une nouvelle taxe, les chiffres du PIB resteront une façade. Le vrai indicateur, c'est le nombre d'emplois créés chaque mois dans les ateliers et les boutiques de quartier.
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