Nigeria : les géologues économistes réclament des usines sur place plutôt que des exportations brutes
La Société nigériane des géologues économistes presse Abuja d'investir dans le traitement local des minerais. Le président de l'association, Samuel Olobaniyi, pointe la perte de valeur d'un modèle qui exporte sans transformer.

Le Nigeria exporte ses minerais presque tels quels. La Société nigériane des géologues économistes (NSEG) veut changer ce réflexe. Son président, le professeur Samuel Olobaniyi, a publiquement demandé aux autorités de privilégier la transformation sur le sol nigérian plutôt que l'expédition de matière brute. L'argument est simple : un minerai non traité quitte le pays avec une valeur ajoutée minimale, alors que la fonderie, l'affinage ou la première transformation créent des emplois et captent des marges qui échappent aujourd'hui au Nigeria. La NSEG ne parle pas seulement de minerais : elle réclame aussi des compétences techniques locales et des infrastructures pour soutenir cette montée en gamme.
Le constat n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier à mesure que les cours mondiaux des métaux critiques s'envolent. Le Nigeria dispose de réserves de lithium, d'étain, de coltan ou encore d'or, des matières très demandées pour les batteries et l'électronique. Pourtant, l'essentiel de ces ressources part vers l'Asie ou l'Europe sans passer par une usine locale. Résultat : le pays importe souvent des produits finis qu'il aurait pu fabriquer à partir de ses propres sous-sols. Pour les opérateurs, la question n'est plus seulement environnementale ou industrielle, elle est budgétaire. Chaque tonne exportée brute représente un manque à gagner en devises et en recettes fiscales.
Sur le terrain, les obstacles restent nombreux. L'électricité reste un frein majeur pour toute industrie de transformation, et les routes ou les voies ferrées qui relient les zones minières aux ports ou aux usines ne suivent pas toujours. La NSEG plaide donc pour une approche intégrée : former des géologues et des ingénieurs capables de superviser les chaînes de traitement, attirer des partenaires industriels prêts à investir dans des unités locales, et sécuriser l'accès au financement. Le professeur Olobaniyi insiste sur un point : sans maîtrise technique locale, le Nigeria restera dépendant de l'extérieur, même s'il possède les gisements.
La balle est désormais dans le camp d'Abuja. Le gouvernement nigérian a déjà affiché sa volonté de développer le secteur minier pour réduire sa dépendance au pétrole, mais les actes tardent. Les géologues économistes rappellent que la fenêtre est étroite : les investisseurs internationaux cherchent des sites stables et compétitifs, et d'autres pays africains avancent sur le même créneau. Sans décision rapide sur les infrastructures et la formation, le Nigeria risque de continuer à vendre ses minerais au prix du brut et à racheter, plus cher, les produits transformés ailleurs.
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