Nigeria : les États miniers riches en ressources peinent à convertir leur or en recettes fiscales
Yobe, Sokoto et trois autres États affichent des recettes internes faibles malgré un sous-sol riche. Enugu, lui, a vu ses revenus bondir de 1 519 % en un an.

Le sous-sol nigérian regorge d'or, de lithium et de calcaire. Pourtant, cinq États du nord du pays — Yobe, Sokoto, Zamfara, Kebbi et Niger — n'arrivent pas à transformer cette richesse en argent sonnant pour leurs caisses. Leurs recettes internes générées (IGR) restent parmi les plus faibles du pays, selon les données compilées cette semaine. Les permis d'exploitation pleuvent, mais les redevances et les taxes locales ne suivent pas. En clair : les camions repartent chargés, les comptes publics restent vides.
Le contraste avec Enugu est brutal. Cet État du sud-est a enregistré une hausse de 1 519 % de ses recettes internes en un an. Un bond spectaculaire, porté par la numérisation de la collecte et une fiscalité plus agressive sur les activités extractives. Là où Enugu a su poser des compteurs sur les flux, les États du nord laissent filer la matière première sans capter grand-chose. Le problème n'est pas géologique, il est administratif. Registres fonciers flous, guichets uniques absents, opérateurs miniers qui négocient leurs taxes au cas par cas : la machine fiscale locale tourne au ralenti.
Pour les populations de ces régions, l'écart se paie en routes défoncées et en écoles sous-financées. Les gouverneurs concernés promettent des réformes depuis des années. Mais sans cadastre minier fiable ni coordination avec le gouvernement fédéral, qui perçoit l'essentiel des redevances, les marges de manœuvre restent minces. Certains misent désormais sur des partenariats public-privé pour transformer le minerai sur place, plutôt que de l'exporter brut. Une manière de créer de la valeur ajoutée et, enfin, de la matière fiscale.
La leçon d'Enugu tient en une phrase : la richesse naturelle ne se transforme en recettes que si l'État se donne les moyens de la taxer. Tant que les administrations locales n'auront pas les outils pour suivre chaque tonne extraite, les États miniers resteront riches sous terre et pauvres en surface. Le fédéralisme fiscal nigérian, qui concentre les recettes pétrolières à Abuja, n'arrange rien. Mais la balle est aussi dans le camp des gouvernements locaux, qui ont laissé filer des années sans bâtir leur propre base fiscale.
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