Nigeria : les États laissent filer 700 milliards de dollars de minerais
Les gisements miniers nigérians, estimés à plus de 700 milliards de dollars, créent peu d'emplois et rapportent peu aux États, faute d'exploitation structurée.

Le sous-sol nigérian dort sur plus de 700 milliards de dollars de minerais solides — or, lithium, étain, coltan, baryte — et les 36 États de la fédération n'en tirent presque rien. Le secteur pèse moins de 1 % du produit intérieur brut, selon les données officielles. Pendant ce temps, les excavatrices chinoises et indiennes extraient le lithium de Nasarawa et l'or de Zamfara, souvent sans licence valide ni redevance versée aux caisses locales. Les communautés vivant sur ces gisements comptent les camions partir, mais pas les emplois arriver.
Le problème n'est pas géologique. Il est administratif. Les titres miniers se négocient à Abuja, pas à Jos ou à Gusau, et les États fédérés n'ont ni le personnel ni les moyens de surveiller les sites. Résultat : l'exploitation artisanale prospère, la fiscalité s'évapore, et les recettes minières fédérales ont chuté de 40 % en un an. Le gouvernement central promet depuis 2023 de transformer le secteur en moteur économique, mais les guichets uniques annoncés dans les capitales régionales n'ont pas encore ouvert.
Pour les États, l'enjeu dépasse les recettes fiscales. Chaque mine formelle crée des emplois de géologue, de conducteur d'engin, de technicien de maintenance — des postes qualifiés qui manquent cruellement dans le nord du pays. Le Plateau et le Kano comptent parmi les régions les plus jeunes et les moins employées du Nigeria. Sans registre minier fiable ni cadastre numérique, impossible d'attirer des investisseurs sérieux, et impossible de savoir combien de tonnes sortent réellement du pays chaque mois.
La décentralisation des permis, réclamée par plusieurs gouverneurs, reste bloquée au Parlement. En attendant, les États perdent une manne qui pourrait financer écoles et routes. Le Nigeria importe encore du sel et du gypse qu'il possède en abondance. Tant que le cadre juridique ne suivra pas, les 700 milliards resteront une ligne dans les rapports, pas une réalité dans les caisses.
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