Nigeria : les entrées de capitaux privés bondissent à 6 milliards de dollars
La Banque mondiale annonce que les flux de capitaux privés vers le Nigeria ont été multipliés par vingt depuis 2023, passant de 300 millions à près de 6 milliards de dollars, portés par les réformes économiques.

Le Nigeria attire à nouveau les investisseurs. Selon Ajay Banga, président du groupe de la Banque mondiale, les entrées de capitaux privés dans le pays ont atteint près de 6 milliards de dollars en 2026, contre environ 300 millions en 2023. Une multiplication par vingt en trois ans, qui marque un retournement net après des années de pénurie de devises et de fuite des investisseurs. Le gouvernement fédéral, qui a engagé depuis 2023 la suppression des subventions sur l'essence et la libéralisation du naira, voit dans ces chiffres la preuve que ses réformes commencent à porter. Taiwo Oyedele, président du comité présidentiel sur la politique fiscale, a indiqué que le ratio impôts/PIB du Nigeria est passé de 7 % à 12,5 %, un signal envoyé aux bailleurs internationaux sur la capacité de l'État à élargir sa base fiscale.
Ces capitaux reviennent principalement sous forme d'investissements de portefeuille et de prêts bancaires, selon les données citées par la Banque mondiale. Les secteurs bancaire et énergétique concentrent l'essentiel de ces flux, portés par des taux d'intérêt élevés et une meilleure prévisibilité du cadre réglementaire. La CBN a maintenu une politique monétaire restrictive pour contenir l'inflation, ce qui rend les actifs nigérians plus attractifs pour les investisseurs étrangers en quête de rendement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et la stabilité des taux de change utilisés pour les envois de fonds vers le Nigeria.
Le chemin reste toutefois long. Le ratio impôts/PIB de 12,5 % demeure l'un des plus faibles d'Afrique, loin des 20 % visés par les autorités. Et les 6 milliards de dollars annoncés pèsent peu face aux besoins d'infrastructures du pays, estimés à plusieurs dizaines de milliards par an. Les investissements directs étrangers, plus stables que les capitaux de portefeuille, n'ont pas encore retrouvé leurs niveaux d'avant 2015. Les réformes fiscales et monétaires ont rassuré les marchés, mais leur traduction en emplois et en croissance reste à démontrer.
Le retour des capitaux privés marque une étape dans la normalisation économique du Nigeria. Il valide en partie la stratégie du gouvernement Tinubu, qui a choisi de laisser flotter le naira et de réduire les subventions malgré l'impopularité de ces mesures. Reste à savoir si cette dynamique résistera à une baisse des taux directeurs ou à un choc pétrolier. Car les flux de portefeuille, par nature volatils, peuvent repartir aussi vite qu'ils sont arrivés. Le Nigeria le sait : en 2014, la chute des cours du brut avait provoqué une fuite massive de ces mêmes capitaux, précipitant une crise monétaire dont le pays a mis des années à sortir.
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