Nigeria : les agents PoS menacés par l'essor des transferts mobiles
Le réseau d'agents bancaires Point-of-Sale (PoS) nigérian subit une pression croissante : les consommateurs délaissent les retraits d'espèces au profit des transferts mobiles directs, menaçant des milliers d'entreprises.

Le constat s'impose dans les rues de Lagos comme dans les villages de l'État de Kano : les files d'attente devant les agents PoS se réduisent. Les Nigérians utilisent de plus en plus leur téléphone pour envoyer de l'argent directement, sans passer par un retrait d'espèces. Cette bascule s'accélère depuis la dépréciation du naira et la hausse des frais de transaction imposés par les banques commerciales. Les agents, qui facturaient jusqu'ici des commissions sur chaque retrait, voient leurs revenus fondre. Selon l'Association des agents de banque mobile du Nigeria, plus de 1,5 million de points de service sont concernés, et beaucoup peinent à couvrir leurs charges fixes.
La pression vient aussi des fintechs. Des applications comme OPay, PalmPay ou Moniepoint permettent désormais d'envoyer de l'argent à un proche sans espèces, avec des frais souvent inférieurs à ceux des agents traditionnels. Résultat : le volume de transactions mobiles a bondi de 45 % en un an, selon les données de la Banque centrale du Nigeria (CBN). Les agents PoS, eux, doivent composer avec des retraits de liquidités de plus en plus coûteux et une concurrence qui rogne leurs marges. Certains se reconvertissent en services de proximité — paiement de factures, recharges téléphoniques — mais ces activités rapportent moins. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : les canaux numériques deviennent la norme, et les plateformes comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces.
Les autorités monétaires nigériannes suivent le dossier de près. La CBN a récemment durci les règles pour les agents bancaires, exigeant plus de capital et une meilleure traçabilité des flux. Objectif affiché : assainir un secteur où les fraudes et les fermetures sauvages se multiplient. Mais ces nouvelles contraintes pourraient précipiter la disparition des petits opérateurs, souvent installés à la périphérie des villes. À terme, le réseau PoS pourrait se concentrer entre les mains de quelques acteurs solides, laissant les zones rurales mal desservies. Une recomposition qui inquiète les associations professionnelles, alors que le pays compte encore sur ces agents pour inclure financièrement des millions de Nigérians non bancarisés.
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