Nigeria : le secteur minier réclame des réformes pour exploiter 700 milliards de dollars de minerais
Les acteurs de l'industrie minière nigériane demandent plus d'investissements, une meilleure sécurité et des règles claires pour exploiter un potentiel estimé à 700 milliards de dollars, encore largement inexploité.

Le Nigeria dort sur une fortune. Selon les estimations officielles, le sous-sol nigérian recèle pour environ 700 milliards de dollars de minerais — or, étain, coltan, lithium, bitume. Pourtant, le secteur minier ne pèse que 0,3 % du PIB, loin derrière les hydrocarbures qui assurent encore l'essentiel des recettes publiques. Réunis cette semaine à Abuja, les opérateurs du secteur ont posé un diagnostic sans détour : sans sécurité sur les sites, sans cadre réglementaire stable et sans financement, ces richesses resteront sous terre.
Le problème n'est pas nouveau. Les zones minières du Nord, notamment dans les États de Zamfara, Kaduna et Niger, sont en proie à des groupes armés qui rançonnent les artisans et pillent les gisements. L'or extrait illégalement traverse les frontières vers le Niger et le Tchad avant de rejoindre des marchés internationaux. L'État fédéral a beau avoir créé en 2023 une société publique, Solid Minerals Development Company, chargée de sécuriser les titres miniers, les investisseurs étrangers hésitent encore à s'engager sur le terrain. Les permis mettent des mois à être délivrés, et les conflits de compétence entre l'État fédéral et les gouvernements locaux découragent les candidats.
Le gouvernement d'Abuja veut faire du secteur un pilier de la diversification économique. Il a supprimé en 2024 les droits de douane sur les équipements miniers et promis des exonérations fiscales aux premiers entrants. Mais les opérateurs réclament davantage : un guichet unique pour les autorisations, une force de police dédiée aux sites miniers et un fonds de garantie pour les petits exploitants. Sur le papier, le Nigeria dispose de réserves prouvées de lithium dans les États de Nasarawa et Kogi, un minerai stratégique alors que la demande mondiale explose pour les batteries électriques.
La balle est dans le camp des autorités. Si les réformes annoncées se concrétisent, le Nigeria pourrait attirer des capitaux dans un secteur qui emploie déjà plus de deux millions de personnes de manière informelle. À défaut, le pays continuera d'exporter des minerais bruts à bas prix et d'importer des produits finis à forte valeur ajoutée. Un manque à gagner que les experts chiffrent à plusieurs milliards de dollars par an.
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