Nigeria : le paradoxe d'une raffinerie géante qui ne suffit pas à nourrir l'Afrique en carburant
Le Nigeria raffine désormais plus de pétrole pour lui-même et exporte vers ses voisins. Mais la bataille pour chaque litre reste rude, entre logistique défaillante et marchés africains disputés.

Pendant des décennies, le Nigeria a produit du brut sans pouvoir le transformer. Le pays exportait son pétrole et rachetait à prix d'or de l'essence et du diesel venus d'ailleurs. Cette époque s'achève. Avec la montée en puissance de la raffinerie Dangote à Lekki et la remise en état de Port Harcourt, le pays couvre aujourd'hui une part croissante de sa consommation intérieure. Les files d'attente devant les stations-service de Lagos et d'Abuja se sont réduites. Un basculement que peu d'observateurs imaginaient il y a cinq ans.
Reste que raffiner ne suffit pas. Acheminer le carburant vers les régions enclavées du nord, puis vers le Niger, le Tchad ou le Cameroun, se heurte à des routes dégradées, des pipelines vétustes et des ruptures de stock. Le litre raffiné à Lekki coûte parfois plus cher à Kano qu'un litre importé via Cotonou. Les distributeurs se livrent une concurrence féroce sur ces corridors, où chaque camion compte. La bataille pour le litre se joue moins dans les cuves que sur les pistes.
Sur le plan régional, le Nigeria bouscule les équilibres. Les traders européens qui alimentaient l'Afrique de l'Ouest voient leurs volumes fondre. En face, les importateurs ouest-africains négocient des contrats en nairas, ce qui les expose au risque de change. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les flux commerciaux et les flux d'argent empruntent souvent les mêmes canaux. Le Naira faible rend les achats nigérians attractifs, mais fragilise les paiements transfrontaliers.
La suite dépendra de deux chantiers. Le premier est logistique : sans dépôts modernes et sans camions adaptés, la raffinerie tournera au ralenti. Le second est politique : le gouvernement doit fixer des prix qui ne découragent ni les raffineurs ni les consommateurs. Le Nigeria a gagné une bataille, celle de la transformation locale. Il n'a pas encore gagné la guerre de la distribution. Et dans une Afrique qui consomme toujours plus de carburant, chaque litre non livré est un litre perdu au profit d'un concurrent.
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