Nigeria : le gouvernement conteste les chiffres de la dette de la Banque mondiale
Faute de rapports d'exécution budgétaire publiés depuis le troisième trimestre 2025, Abuja rejette les données de la Banque mondiale sur la dette publique, alimentant les doutes sur la transparence des finances nigérianes.

Le gouvernement nigérian conteste les chiffres de la dette publique avancés par la Banque mondiale. En cause : l'absence de rapports trimestriels d'exécution du budget depuis le troisième trimestre 2025. Ces documents, qui permettent normalement de suivre l'évolution réelle des dépenses et des emprunts, manquent à l'appel. Résultat, les experts doivent se rabattre sur des estimations, et les chiffres de Washington ne collent plus avec ceux d'Abuja. La polémique couve depuis plusieurs semaines, sans que le ministère des Finances n'ait publié le moindre calendrier de rattrapage.
Cette opacité tombe mal. Le Nigeria négocie en ce moment des financements extérieurs et cherche à rassurer les investisseurs sur sa capacité à rembourser. Or, sans rapports d'exécution, impossible de vérifier si les emprunts contractés se traduisent par des dépenses effectives ou dorment dans les caisses. Les bailleurs internationaux, Banque mondiale en tête, exigent d'ordinaire ces documents pour débloquer de nouveaux prêts. Le Fonds monétaire international a déjà signalé des écarts entre les données officielles et ses propres projections. Pour la diaspora ouest-africaine qui envoie des devises au pays, cette incertitude pèse sur la confiance dans la monnaie et les circuits de transfert.
Le bras de fer entre Abuja et la Banque mondiale n'est pas qu'une bataille de chiffres. Il révèle un problème plus profond : la chaîne de production des statistiques publiques s'est enrayée. Les services du budget devaient publier ces rapports chaque trimestre, comme le prévoit la loi sur la responsabilité budgétaire. Le dernier document disponible remonte à fin 2025. Depuis, les fonctionnaires invoquent des retards administratifs, sans plus de détails. Des sénateurs ont demandé une audition du ministre des Finances, mais la date n'a pas été fixée.
Pour l'instant, les marchés financiers nigérians font preuve d'une relative sérénité. Le Naira a peu bougé face au dollar cette semaine, et les rendements des obligations souveraines restent stables. Mais cette accalmie pourrait ne pas durer si les rapports manquants ne sont pas publiés avant la prochaine revue du FMI, prévue en juin. Les opérateurs économiques, eux, attendent des clarifications. Un chef d'entreprise à Lagos résume la situation : « On nous demande de planifier sur des chiffres que même le gouvernement ne semble pas connaître. »
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