Nigeria : la reprise économique ne profite pas encore au plus grand nombre
La stabilisation du naira et le ralentissement de l'inflation ne suffisent pas à améliorer le quotidien des Nigérians. La croissance reste concentrée dans les secteurs formels et les ménages subissent encore la hausse des prix.

Le Nigeria affiche des signes de reprise macroéconomique. Le naira s'est stabilisé autour de 1 500 pour un dollar sur le marché officiel, l'inflation est passée sous la barre des 30 % et les réserves de change remontent. Pourtant, dans les rues de Lagos ou de Kano, la vie reste dure. Le prix du sac de riz a doublé en un an, le carburant coûte plus cher qu'il y a six mois et les salaires n'ont pas suivi. La reprise tant vantée par Abuja ne se ressent pas dans les portefeuilles.
Les chiffres de la croissance, autour de 3 % au dernier trimestre, cachent une réalité plus contrastée. Les secteurs formels — télécoms, banque, pétrole — profitent de la dévaluation et des réformes. Mais l'économie informelle, qui emploie plus de 80 % de la population active, reste à la traîne. Les petits commerçants, les transporteurs et les artisans subissent de plein fouet la hausse des coûts d'importation et la baisse du pouvoir d'achat. La classe moyenne urbaine, elle, serre les dents.
La Banque centrale a beau avoir unifié les taux de change et supprimé les subventions sur l'essence, ces décisions assainissent les finances publiques sans créer de richesse immédiate. Les investisseurs étrangers reviennent timidement, mais les capitaux se dirigent vers les obligations d'État, pas vers l'industrie. Résultat : l'emploi ne décolle pas et les inégalités se creusent. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un naira plus stable rend les envois de fonds moins volatils mais pas nécessairement plus abordables.
Le gouvernement de Bola Tinubu promet que les réformes porteront leurs fruits d'ici 2025. Sur le papier, la trajectoire est cohérente : baisse du déficit budgétaire, hausse des recettes fiscales, attrait des capitaux. Mais sans filet social solide ni investissement massif dans l'agriculture et les infrastructures rurales, la reprise restera une affaire de statistiques. Les Nigérians, eux, attendent des preuves concrètes : un repas moins cher, un trajet plus court, un salaire qui tient jusqu'à la fin du mois.
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