Nigeria : la monnaie en circulation bondit de 72 %, mais son pouvoir d'achat s'effondre
Malgré la politique de démonétisation, la masse monétaire en circulation au Nigeria a grimpé de 72,4 % en cinq ans pour atteindre 5 730 milliards de nairas. Mais l'inflation a érodé sa valeur réelle de 14 %, signe d'une économie qui s'adapte aux chocs.

La Banque centrale du Nigeria (CBN) a beau promouvoir le cashless, les billets et pièces en circulation ont augmenté de 72,4 % entre 2019 et 2024, pour atteindre 5 730 milliards de nairas. Un paradoxe apparent, mais qui s'explique par la flambée des prix : les commerçants et les ménages, confrontés à une inflation à deux chiffres, préfèrent détenir du liquide pour faire face aux urgences. À Lagos, dans les marchés de Balogun ou de Mile 12, le cash reste roi, malgré les incitations à utiliser les transferts électroniques.
Cette hausse nominale cache pourtant une érosion brutale. En tenant compte de l'inflation, la valeur réelle de cette masse monétaire a chuté de 14 % sur la même période. Autrement dit, les nairas qui circulent achètent moins qu'avant. Les petites coupures, comme les billets de 200 ou 500 nairas, perdent de leur pouvoir d'achat chaque mois, obligeant les vendeurs à arrondir les prix. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car le taux de change réel se déprécie plus vite que le taux officiel.
La CBN a pourtant tenté de réduire la circulation fiduciaire, notamment avec sa politique de redesign des billets en 2023, qui avait provoqué une pénurie de cash et des files d'attente devant les banques. Mais l'effet a été de courte durée : les retraits aux distributeurs ont repris de plus belle, et les paiements informels restent omniprésents. Dans les zones rurales, où l'accès aux services bancaires est limité, le liquide demeure le seul moyen de transaction. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles ne remplacent pas encore le cash dans les échanges quotidiens.
Cette situation illustre un dilemme classique des économies émergentes : la modernisation des paiements se heurte à la réalité du terrain. Tant que l'inflation restera élevée et que la confiance dans les institutions bancaires sera fragile, les Nigérians continueront de thésauriser des billets, même si leur valeur fond. La CBN devra trouver un équilibre entre sa volonté de digitaliser et la nécessité de maintenir un accès au liquide pour les plus vulnérables. En attendant, la monnaie circule, mais elle pèse de moins en moins lourd dans les poches.
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