Nigeria : l'État et les industriels s'attaquent au coût du crédit
Le gouvernement fédéral et les fabricants nigérians négocient une baisse des taux d'intérêt pour rendre la production locale plus compétitive face aux importations.

Au Nigeria, emprunter pour produire coûte souvent plus cher que d'importer. C'est le constat que partagent le gouvernement fédéral et les industriels, qui ont ouvert des discussions pour faire baisser le coût du crédit. Le taux directeur de la Banque centrale, maintenu à 27,5 % depuis novembre 2023, renchérit chaque ligne de financement. Une entreprise qui veut acheter une machine ou constituer un stock de matières premières paie aujourd'hui entre 30 % et 35 % d'intérêt annuel auprès des banques commerciales. À ce niveau, la calculatrice penche vite : mieux vaut faire venir des produits finis de l'étranger que de les fabriquer sur place.
Les industriels ne demandent pas seulement une baisse des taux. Ils pointent aussi le manque de liquidités en nairas pour financer les projets à long terme. La plupart des dépôts bancaires au Nigeria sont à vue, remboursables à tout moment, ce qui empêche les banques de prêter sur dix ou quinze ans. Résultat : les usines se financent à court terme, remboursent dans l'urgence et rognent sur leurs marges. Le gouvernement, de son côté, veut inverser la tendance et réduire la dépendance du pays aux importations, une promesse répétée depuis des années mais rarement suivie d'effets mesurables.
Le dossier dépasse le seul cadre industriel. Un crédit moins cher soutiendrait la création d'emplois et allégerait la pression sur le naira, qui a perdu plus de 60 % de sa valeur depuis juin 2023. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et sur la valeur des capitaux envoyés au pays. Les opérateurs de change suivent de près les signaux de la Banque centrale, car un assouplissement monétaire ferait bouger les taux en quelques heures.
Reste à savoir si les annonces se traduiront en actes. La Banque centrale doit arbitrer entre la lutte contre l'inflation, encore proche de 33 % en glissement annuel, et le soutien à la production locale. Baisser les taux trop vite risquerait de relancer la hausse des prix. Les industriels, eux, attendent des mesures concrètes : lignes de refinancement dédiées, garanties publiques, allongement des maturités. Sans cela, le crédit restera cher et l'importation gardera son avantage.
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