Nigeria et Cameroun modernisent le poste-frontière de Mfum-Ekok pour fluidifier le commerce
Les deux pays lancent l'Initiative de modernisation du poste-frontière de Mfum-Ekok : infrastructures rénovées, solutions technologiques et réduction des goulets d'étranglement sur un corridor commercial clé de la CEDEAO.

Le Nigeria et le Cameroun ont donné le coup d'envoi de l'Initiative de modernisation du poste-frontière de Mfum-Ekok, un projet conjoint qui vise à refaire les infrastructures, déployer des outils numériques et faire sauter les blocages qui étouffent l'un des principaux corridors commerciaux de la sous-région. Le point de passage, situé dans l'État de Cross River côté nigérian, voit transiter chaque jour des centaines de camions chargés de vivres, de ciment, de produits manufacturés et de carburant. Aujourd'hui, les files d'attente s'étirent sur des kilomètres et les procédures manuelles rallongent parfois de plusieurs jours le temps de passage. Les deux gouvernements promettent des guérites rénovées, des scanners et un système d'information partagé entre les douanes nigériane et camerounaise.
Le chantier ne se limite pas au béton. Les autorités veulent interconnecter les services des douanes, de l'immigration et de la police pour que les déclarations se fassent en ligne et que les contrôles redondants disparaissent. L'objectif affiché : diviser par deux le temps d'attente aux frontières d'ici deux ans. Pour les transporteurs, chaque heure gagnée, c'est un coût de surestaries en moins et des marchandises périssables qui arrivent encore fraîches. Le corridor Mfum-Ekok relie le sud-est du Nigeria au nord-ouest du Cameroun, une zone où le commerce informel pèse lourd dans les économies locales. Les commerçants de Bamenda ou de Calabar comptent sur cette route pour écouler leurs produits, et les retards actuels renchérissent mécaniquement les prix à l'arrivée.
La Banque africaine de développement et la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique suivent le dossier de près. Ce type d'initiative s'inscrit dans une série de projets visant à concrétiser la Zone de libre-échange continentale africaine, qui reste largement théorique tant que les postes-frontières ressemblent à des goulots d'étranglement. Le Nigeria, premier PIB du continent, a tout à gagner à fluidifier ses échanges avec son voisin camerounais, son cinquième partenaire commercial. Pour la diaspora ouest-africaine, ces améliorations changent la donne sur le coût des transferts, car des corridors plus rapides réduisent les frais logistiques que les opérateurs répercutent sur les envois d'argent.
Reste à transformer l'annonce en résultats. Les promesses de modernisation aux frontières nigérianes se sont souvent enlisées dans les lenteurs administratives et les rivalités entre agences. Le projet Mfum-Ekok prévoit un comité de pilotage conjoint, mais aucun calendrier précis n'a filtré sur le financement des travaux. Les opérateurs économiques attendent des actes : un guichet unique effectif, des agents formés et des délais de passage mesurables. Si le chantier tient ses promesses, le corridor pourrait devenir un modèle pour d'autres points de passage saturés, du poste de Seme-Krake à la frontière béninoise jusqu'à celui de Jibiya vers le Niger.
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