Nigeria : cinq entreprises tech quittent le marché en dix mois
Uber, Moove, Gigbanc et Baxi figurent parmi les sociétés qui se retirent du Nigeria, plombées par la dépréciation du naira, des coûts d'infrastructure élevés et un financement qui se raréfie.

Le Nigeria comptait cinq entreprises technologiques en moins à la fin octobre 2026. Uber, Moove, Gigbanc et Baxi ont plié bagage ou réduit fortement leurs opérations, selon un décompte relayé par la presse nigériane. Le mouvement s'est accéléré ces dix derniers mois. Les raisons ne varient guère d'un acteur à l'autre : un naira qui a perdu près de 70 % de sa valeur depuis 2023, une électricité qui coûte cher au point de représenter jusqu'à 40 % des charges pour certains prestataires, et des investisseurs devenus subitement regardants.
Prenons Moove, la start-up de leasing de véhicules fondée à Lagos. Elle a bâti son modèle sur l'accès à la voiture pour les chauffeurs de VTC. Avec un naira à 1 500 pour un dollar, les pièces détachées importées et les véhicules achetés en devises ont fait exploser sa structure de coûts. Uber, de son côté, a cessé certaines lignes de service dans les villes secondaires, où le volume ne couvrait plus les frais d'exploitation. Gigbanc, qui fournissait des services bancaires aux petites entreprises, a fermé ses portes en septembre. Baxi, réseau d'agents de paiement, a revendu une partie de ses actifs.
Le paradoxe est cruel. Le Nigeria reste le premier marché tech d'Afrique en termes de population connectée. Mais les conditions d'exercice se sont durcies. Les groupes électrogènes, les forfaits data, la logistique urbaine : chaque poste de dépense a grimpé. Les fonds de capital-risque, qui injectaient encore 2 milliards de dollars par an dans les start-up africaines en 2022, ont réduit la voilure. Les tours de table se font plus rares et plus petits. Les plateformes de transfert d'argent, elles, observent ce repli avec attention : chaque fermeture réduit le nombre de canaux pour les paiements transfrontaliers.
Ce mouvement de retrait ne signe pas la fin de l'écosystème. Des acteurs comme Moniepoint ou OPay continuent de croître, portés par les paiements du quotidien. Mais la période d'argent facile est terminée. Les entreprises qui restent doivent prouver qu'elles gagnent de l'argent, pas seulement qu'elles grandissent. Le Nigeria vient de rappeler une règle simple : dans une économie dollarisée de fait, la tech ne peut pas vivre uniquement de financements en devises et de revenus en nairas.
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