Les États nigérians empruntent plus en publiant moins, les investisseurs s'inquiètent
Les gouvernements des États nigérians s'endettent davantage tout en publiant des informations incomplètes sur leurs finances. Ce manque de transparence pourrait renchérir le coût de leurs prochains emprunts.

Les États du Nigeria lèvent des fonds à un rythme soutenu. Mais ils le font en publiant de moins en moins de détails sur l'état réel de leurs finances. Selon les données compilées par les analystes du marché, plusieurs États ont vu leurs encours de dette grimper de 15 à 30 % en un an, sans que les rapports trimestriels ne suivent le même rythme. Les investisseurs qui achètent ces obligations locales se retrouvent à prêter à l'aveugle, ou presque.
Le problème n'est pas nouveau, mais il s'aggrave. L'an dernier, plusieurs émissions obligataires d'États ont été souscrites sur la base de documents budgétaires vieux de dix-huit mois. Les agences de notation, qui suivent de près les finances infranationales, ont commencé à dégrader certaines perspectives. Le marché nigérian des obligations d'États pèse plusieurs milliards de dollars, et une prime de risque mal évaluée peut coûter cher aux contribuables locaux. Pour les opérateurs de change et les plateformes de transfert, ces tensions budgétaires se répercutent sur la confiance dans le Naira et sur la volatilité des taux.
Le mécanisme est simple. Quand un investisseur ne sait pas combien un État doit réellement, il exige un taux d'intérêt plus élevé pour compenser l'incertitude. Une étude de la Banque mondiale sur les marchés infranationaux africains estime que ce déficit de transparence ajoute entre 100 et 200 points de base aux coûts d'emprunt. Sur une émission de 50 milliards de nairas, cela représente jusqu'à 1 milliard de nairas d'intérêts supplémentaires par an. De l'argent qui ne va ni aux routes, ni aux hôpitaux, ni aux écoles.
La solution ne demande pas de réinventer la finance. Les États qui publient des comptes trimestriels audités empruntent moins cher. Le Fonds monétaire international le répète depuis des années. Mais dans un pays où la transparence budgétaire reste optionnelle, peu d'États prennent le risque politique de tout montrer. Les investisseurs, eux, n'ont pas d'autre choix que de pricer cette opacité. Et ce sont les habitants de ces États qui paieront la facture, sous forme d'intérêts plus lourds et de services publics sous-financés.
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