Les entreprises africaines perdent jusqu'à 20 % sur les transferts internationaux
Un patron de fintech révèle que les frais et les délais des transferts transfrontaliers ampute les fonds des entreprises africaines de 20 %, un manque à gagner qui pèse sur leur compétitivité.

Les entreprises africaines qui opèrent à l'international voient jusqu'à 20 % de leurs fonds s'évaporer à chaque transfert transfrontalier. Le constat vient d'un dirigeant de fintech nigérian, qui pointe du doigt l'empilement des frais et les délais de traitement. Un fournisseur qui règle une facture de 10 000 dollars depuis Lagos peut ainsi voir son paiement amputé de 2 000 dollars avant d'atteindre son destinataire. La perte n'est pas théorique : elle rogne les marges, renchérit les importations et fragilise la trésorerie des PME qui n'ont pas les moyens de négocier des tarifs de gros.
Le problème tient à la fois aux commissions prélevées par les banques correspondantes et aux systèmes de compensation qui font transiter les fonds par plusieurs places financières. Chaque intermédiaire prélève sa part, et chaque jour de retard ajoute un risque de change. Sur le corridor Nigeria-Chine, par exemple, un paiement peut mettre cinq jours ouvrés à arriver, avec un taux de conversion qui varie en cours de route. Les entreprises qui commercent avec l'Asie ou l'Europe sont les plus exposées : elles doivent immobiliser du cash plus longtemps et subir un écart de change qu'elles ne maîtrisent pas. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les mêmes circuits s'appliquent aux envois de fonds des particuliers.
Des acteurs du secteur tentent de contourner ces obstacles en misant sur des corridors numériques directs. Plutôt que de passer par trois banques correspondantes, certaines fintechs connectent directement les comptes émetteurs et récepteurs, ce qui réduit les frais et raccourcit les délais. Mais l'adoption reste freinée par la fragmentation réglementaire : chaque pays a ses règles de change, ses exigences de conformité et ses plafonds de transfert. Les entreprises qui veulent optimiser leurs paiements doivent souvent jongler entre plusieurs prestataires, ce qui complique la gestion et ajoute des coûts administratifs.
La perte de 20 % n'est pas une fatalité. Les entreprises qui centralisent leurs flux, négocient des taux fermes et utilisent des solutions de paiement adaptées à l'Afrique réduisent déjà cette ponction. Le vrai enjeu est de savoir si les infrastructures de paiement panafricaines, comme le système de paiement et de règlement intégré de la CEDEAO, parviendront à s'imposer face aux réseaux traditionnels. En attendant, chaque point de marge perdu sur un transfert est un investissement en moins pour la croissance.
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