Le solaire s'attaque au gaspillage alimentaire qui coûte des milliards de nairas au Nigeria
Des chaînes du froid alimentées à l'énergie solaire réduisent les pertes post-récolte dans un pays où les coupures de courant gâchent des tonnes de tomates et d'autres denrées périssables.

Les tomates arrivent par caisses, rouges et légèrement talées par le trajet depuis les fermes autour de la ville. Sans courant stable pour les conserver, elles finissent en bouillie sur les étals en quelques heures. Le Nigeria perd ainsi une part importante de sa production vivrière chaque année, un manque à gagner qui se chiffre en milliards de nairas. Les coupures d'électricité, chroniques dans de nombreuses régions, accélèrent la décomposition des denrées périssables et privent les producteurs d'un revenu déjà fragile.
Face à ce constat, des entrepreneurs misent sur des chaînes du froid alimentées par des panneaux solaires. Ces installations, souvent de petite taille, permettent de stocker les récoltes quelques jours de plus, le temps de trouver un acheteur ou de transporter la marchandise vers les marchés urbains. À Kano ou à Lagos, des chambres froides solaires commencent à apparaître près des zones de production. Le principe est simple : produire de l'électricité en journée, la stocker dans des batteries, et maintenir une température constante pour les fruits, légumes et produits laitiers. Les pertes diminuent, et les prix deviennent moins erratiques pour le consommateur final.
L'enjeu dépasse la simple conservation. Dans un pays où l'agriculture emploie une large part de la population active, réduire le gaspillage revient à augmenter les revenus paysans sans étendre les surfaces cultivées. Les experts estiment que près de la moitié des fruits et légumes se perdent avant d'atteindre l'assiette. Chaque tonne sauvée représente un gain direct pour le producteur et une pression moindre sur les prix alimentaires. Le solaire apporte une réponse là où le réseau électrique fait défaut, sans dépendre du diesel dont le coût a flambé depuis la fin des subventions sur le carburant.
Reste à savoir si ces solutions passeront à l'échelle. Le coût initial des équipements freine encore beaucoup d'agriculteurs, et le financement reste le principal obstacle. Des programmes de microcrédit et des partenariats avec des entreprises spécialisées tentent de combler le fossé. Si la tendance se confirme, le solaire pourrait bien devenir un outil ordinaire de la sécurité alimentaire nigériane, au même titre que les engrais ou les semences améliorées.
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