Assurance nigériane : le régulateur fait de la confiance son actif clé
Le commissaire aux assurances Ayo Omosehin a appelé les professionnels du secteur à placer la confiance au cœur de leur modèle, alors que la pénétration de l'assurance reste faible au Nigeria.

Le commissaire aux assurances Ayo Omosehin a choisi une tribune professionnelle pour dire tout haut ce que beaucoup d'opérateurs nigérians pensent tout bas : la confiance vaut plus que n'importe quel portefeuille de contrats. Devant les cadres du secteur réunis à Lagos, il a rappelé que la méfiance du public reste le premier frein au développement du marché. Les chiffres lui donnent raison : l'assurance ne représente qu'une fraction infime du produit intérieur brut, très loin des standards sud-africains ou kényans. Beaucoup de Nigérians préfèrent encore garder leur épargne chez eux plutôt que de la confier à un assureur.
Le problème n'est pas théorique. Les plaintes pour sinistres non payés, les délais de règlement interminables et les clauses contractuelles opaques ont nourri des années de défiance. Omosehin veut inverser la logique : que les assureurs traitent chaque réclamation comme un test de crédibilité, pas comme une perte à minimiser. Il suggère de publier les taux de règlement, de simplifier les polices et de former les agents à expliquer clairement ce qui est couvert et ce qui ne l'est pas. Une approche qui rappelle celle des fintechs, où la transparence des frais et des délais fait la différence entre un client qui reste et un client qui part.
Le discours intervient dans un contexte où le régulateur cherche à élargir la base assurée. L'assurance automobile obligatoire, l'assurance santé pour les travailleurs informels et la micro-assurance pour les petits commerçants représentent des gisements importants. Mais sans confiance, ces produits resteront lettre morte. Omosehin insiste aussi sur la formation des courtiers et la digitalisation des souscriptions, deux leviers pour réduire les frictions et les soupçons. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts quand il s'agit d'envoyer de l'argent pour couvrir une prime ou un sinistre familial.
Reste à savoir si les assureurs suivront. Le commissaire ne dispose pas de baguette magique : il peut fixer des règles, sanctionner les abus, mais la confiance se construit contrat après contrat, sinistre après sinistre. Les opérateurs qui joueront le jeu gagneront des parts de marché ; les autres continueront de voir leurs clients fuir vers l'informel. Le Nigeria a un besoin immense de protection financière. La balle est dans le camp des assureurs.
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