Le Nigeria paie plus d'intérêts sur sa dette qu'il ne collecte de recettes
Un nouveau rapport révèle que le service de la dette publique nigériane dépasse désormais les recettes fiscales du gouvernement, créant un piège budgétaire qui étouffe les dépenses de développement.

Le chiffre tombe comme un couperet : le Nigeria consacre aujourd'hui plus d'argent au paiement des intérêts de sa dette qu'il n'en récolte en recettes fiscales. Un rapport publié cette semaine met en lumière une réalité que les opérateurs économiques soupçonnaient depuis des mois. L'État fédéral emprunte pour rembourser ses créanciers, et la spirale ne ralentit pas. À Abuja, les fonctionnaires du ministère des Finances reconnaissent en privé que la marge de manœuvre s'est réduite comme peau de chagrin. Les investisseurs étrangers, eux, scrutent le ratio dette/PIB avec une nervosité croissante.
La mécanique est implacable. Les recettes pétrolières ne couvrent plus les besoins d'une économie de 220 millions d'habitants. Les subventions sur l'essence, supprimées en 2023, devaient libérer des marges. Elles ont été absorbées par la dépréciation du naira, qui renchérit le coût des emprunts libellés en devises. Résultat : le gouvernement fédéral a dépensé 3 500 milliards de nairas en service de la dette au premier trimestre 2024, soit près de 70 % de ses recettes. Un cercle vicieux qui pousse l'État à émettre toujours plus d'obligations domestiques, à des taux supérieurs à 20 %, pour financer son déficit.
Pour les ménages et les entreprises, cette contrainte budgétaire se traduit par moins de routes, moins d'électricité, moins de services publics. Les banques nigériannes, elles, se gavent de titres d'État à haut rendement, détournant le crédit des PME vers le financement de la dette souveraine. Les opérateurs de transferts d'argent, qui travaillent avec la diaspora, surveillent de près l'évolution du naira : chaque nouvelle émission d'obligations pèse sur le taux de change officiel. Des plateformes comme SendXOF ajustent leurs cours en conséquence pour les envois vers le Nigeria et la zone FCFA.
Le Fonds monétaire international a prévenu : sans réforme fiscale ambitieuse, le Nigeria risque de consacrer l'intégralité de ses recettes au service de la dette d'ici 2026. Le gouvernement a promis d'élargir l'assiette fiscale, notamment en taxant les revenus numériques et les transactions immobilières. Mais les experts doutent de la capacité de l'administration à collecter efficacement dans un pays où l'économie informelle représente plus de la moitié du PIB. En attendant, le piège se referme, et les Nigérians ordinaires en paient le prix.
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