Le Nigeria ouvre ses frontières alimentaires mais reste dépendant des importations
En juillet 2024, Abuja a suspendu les droits de douane sur le riz, le blé et le maïs pour juguler l'inflation. Un an plus tard, la facture alimentaire reste élevée et la production locale patine.

Le gouvernement nigérian a ouvert une brèche dans sa stratégie de fermeture aux importations alimentaires. En juillet 2024, Abuja a suspendu pendant 150 jours les droits de douane sur le riz, le blé et le maïs, une décision qui rompait avec des années de restrictions destinées à protéger les producteurs locaux. L'objectif était simple : faire baisser les prix dans un pays où l'inflation alimentaire dépassait les 35 % à l'époque. Mais la mesure, prolongée puis élargie, n'a pas produit l'effet escompté sur les étals des marchés.
Les chiffres racontent une autre histoire. Le Nigeria a importé pour 2,3 milliards de dollars de produits alimentaires au premier semestre 2025, selon les données douanières. C'est moins qu'en 2023, mais toujours trois fois plus qu'en 2019. La production locale de riz, elle, stagne autour de 5 millions de tonnes par an, loin des 8 millions nécessaires pour couvrir la demande. Les grands projets agricoles, comme la zone de production de Kebbi ou les fermes de l'État d'Ogun, avancent lentement. Les routes et les silos manquent, et les engrais coûtent cher depuis la fin des subventions en 2023.
Pour les consommateurs, la parenthèse fiscale a surtout profité aux importateurs. Le prix du riz importé a baissé de 12 % entre août et octobre 2024, puis est remonté dès la fin de l'exonération. Les commerçants de Lagos et Kano disent avoir stocké en anticipation, sans que la baisse soit répercutée durablement. Dans le même temps, la dépréciation du naira a renchéri les achats à l'étranger, annulant une partie du gain tarifaire. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car chaque envoi vers le Nigeria achète moins de sacs de riz qu'il y a deux ans.
La stratégie alimentaire nigériane reste donc coincée entre l'urgence sociale et la volonté de produire localement. Le gouvernement parle désormais de "souveraineté alimentaire" et promet 10 milliards de dollars d'investissements dans l'agriculture d'ici 2027. Mais sans infrastructures de stockage, sans semences améliorées à grande échelle et avec un naira faible, l'ouverture des frontières ressemble moins à un choix qu'à une béquille. Le Nigeria importe encore ce qu'il ne parvient pas à produire assez vite.
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