Le Nigeria mise sur le capital humain pour réduire une pauvreté à 63 %
Le gouvernement fédéral présente l'investissement dans le capital humain comme le levier central pour faire reculer la pauvreté multidimensionnelle, qui touche 63 % de la population nigériane.

Le chiffre est brutal : 63 % des Nigérians vivent en situation de pauvreté multidimensionnelle, selon les données officielles. Face à cette réalité, le gouvernement fédéral a fait de l'investissement dans le capital humain son axe prioritaire. L'idée est simple sur le papier : former, soigner et protéger les populations pour casser le cycle de la précarité. Mais dans un pays où la population croît de 5 millions d'habitants par an, l'effort demandé est colossal. Les programmes existants, de la santé maternelle à la scolarisation des filles, peinent encore à couvrir les zones rurales les plus enclavées.
Le discours officiel insiste sur la continuité. Les autorités assurent que les budgets alloués à l'éducation et à la santé ne seront pas sacrifiés sur l'autel d'autres priorités. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire : la part du PIB consacrée à la santé reste sous la barre des 5 %, loin des 15 % promis par les accords d'Abuja en 2001. Les enseignants manquent dans le nord-est, les centres de santé primaire ferment faute de personnel. Le capital humain, c'est d'abord une question de moyens, et les caisses fédérales sont sous pression.
La pauvreté multidimensionnelle ne se résume pas au revenu. Elle englobe l'accès à l'eau potable, à l'électricité, à l'école, aux soins. Sur ces indicateurs, les disparités régionales restent vertigineuses entre Lagos et les États du nord-ouest. Une politique nationale uniforme risque de passer à côté des réalités locales. Les experts plaident pour des transferts ciblés vers les zones les plus vulnérables, avec des critères adaptés à chaque contexte. Le gouvernement promet une approche décentralisée, mais les mécanismes de suivi restent flous.
Pour l'instant, la stratégie repose sur des annonces et des cadres théoriques. Les résultats, eux, se mesureront dans dix ans. Le Nigeria a les ressources humaines pour y arriver : sa jeunesse est sa première richesse. Encore faut-il lui offrir des écoles qui fonctionnent, des hôpitaux qui soignent et des emplois qui paient. Sans cela, le taux de 63 % ne bougera pas, et les discours sur le capital humain resteront ce qu'ils sont aujourd'hui : une promesse de plus.
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