Le Nigeria débloque le fonds CVFF pour financer les navires de ses armateurs
Le gouvernement fédéral nigérian a commencé à verser le Cabotage Vessel Financing Fund aux armateurs locaux, une enveloppe destinée à financer l'achat de navires et à renforcer la participation nationale dans le secteur maritime.

Le gouvernement nigérian a lancé les premiers décaissements du Cabotage Vessel Financing Fund (CVFF), une enveloppe créée il y a plus de vingt ans pour aider les armateurs locaux à acheter des navires. Le fonds, alimenté par une contribution de 2 % sur les contrats de cabotage, était bloqué depuis des années par des querelles administratives. Cette fois, les autorités assurent que les premiers bénéficiaires ont reçu leurs financements. L'objectif affiché : permettre aux opérateurs nigérians de renouveler une flotte vieillissante et de capter une part plus large du trafic maritime national, aujourd'hui dominé par des armateurs étrangers.
Le secteur maritime nigérian pèse plusieurs milliards de dollars, mais les armateurs locaux n'en contrôlent qu'une fraction. La plupart des cargaisons qui entrent et sortent des ports de Lagos ou de Port Harcourt sont transportées par des navires battant pavillon étranger. Le CVFF doit changer la donne en offrant des prêts à taux préférentiels aux opérateurs nationaux. Les premiers bénéficiaires pourront acquérir des navires neufs ou d'occasion, mais aussi financer des réparations lourdes et des équipements de sécurité. Le gouvernement mise sur un effet d'entraînement : plus de navires nigérians, c'est plus d'emplois pour les marins et les chantiers locaux, et moins de fuite de devises vers les armateurs étrangers.
Pour les opérateurs, l'enjeu est de taille. Un navire de cabotage coûte entre 1 et 5 millions de dollars selon sa taille et son état. Sans accès au crédit, les armateurs nigérians se tournaient vers des joint-ventures avec des partenaires étrangers, perdant au passage le contrôle de leurs activités. Le CVFF, s'il est décaissé rapidement et de manière transparente, pourrait desserrer ce verrou. Reste à voir si les banques partenaires suivront : le fonds ne couvre qu'une partie du coût, et les armateurs devront apporter leur propre contribution. Les autorités promettent un guichet unique pour simplifier les démarches, mais les expériences passées incitent à la prudence.
Le décaissement du CVFF intervient dans un contexte où le Nigeria cherche à réduire sa dépendance aux importations et à doper sa production locale. Le transport maritime reste un maillon faible : les ports nigérians traitent de plus en plus de conteneurs, mais la flotte nationale ne suit pas. Si le fonds tient ses promesses, il pourrait redonner souffle à un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes et génère des recettes substantielles pour l'État. Les prochains mois diront si les premiers versements se transforment en commandes fermes ou en simples annonces.
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