Le Nigeria face à un dilemme fiscal : taxer les pauvres ou s'endetter davantage
Taiwo Oyedele, patron de la politique fiscale nigériane, met en garde contre une pression fiscale excessive sur les ménages modestes, alors que le G-24 réclame des prêts concessionnels pour les pays endettés.

Le président du comité de politique fiscale nigérian, Taiwo Oyedele, a lancé un avertissement qui résonne dans les couloirs du ministère des Finances à Abuja. Selon lui, la dette publique et l'impôt ne sont pas des options concurrentes, mais deux faces d'une même pièce. "La dette, c'est de l'impôt futur", a-t-il résumé, ajoutant qu'il faut trouver un équilibre sans perdre de vue que la fiscalité et l'endettement servent d'abord à financer les besoins de la population. Une formule simple qui cache un vrai casse-tête pour un pays où plus de 130 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
Le Nigeria se débat avec un ratio impôts/PIB parmi les plus faibles du continent, autour de 10 %. L'État fédéral veut élargir la base fiscale, mais chaque nouvelle taxe touche en premier lieu les ménages qui survivent au jour le jour. Oyedele plaide pour que l'effort porte sur ceux qui peuvent payer, pas sur les plus fragiles. En parallèle, le G-24, qui regroupe des pays en développement, presse les institutions internationales d'accorder des prêts à taux réduits. L'argument : sans financement concessionnel, ces États n'ont d'autre choix que de taxer davantage ou de couper dans les dépenses sociales.
La question dépasse les frontières nigériennes. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, du Sénégal au Ghana, affrontent la même équation entre service de la dette et protection des plus pauvres. Le FMI et la Banque mondiale ont multiplié les appels à une restructuration des dettes africaines, mais les négociations traînent. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : chaque hausse d'impôt ou coupe budgétaire réduit le pouvoir d'achat des familles restées au pays, qui dépendent souvent des envois d'argent pour boucler leurs fins de mois.
Ce débat fiscal intervient dans un contexte politique tendu au Nigeria, où le gouvernement de Bola Tinubu a déjà supprimé les subventions sur l'essence et laissé flotter le naira. Ces décisions ont fait bondir l'inflation à plus de 30 %, frappant de plein fouet les ménages modestes. Oyedele ne dit pas autre chose : l'ajustement économique ne peut pas reposer éternellement sur ceux qui ont le moins. Reste à savoir si les bailleurs internationaux entendront l'appel du G-24, ou si le pays devra choisir entre deux maux qu'il voulait justement éviter.
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