Le détroit d'Ormuz exporte plus de pétrole, mais les prix restent élevés
Les flux pétroliers via le détroit d'Ormuz et au-delà augmentent fortement, mais les cours mondiaux ne baissent pas. Téhéran perd de son influence sur les routes maritimes.
Les tankers chargés de brut quittent le golfe Persique à un rythme soutenu. Les données de suivi maritime montrent une hausse des volumes exportés via le détroit d'Ormuz et les terminaux hors du détroit. Pourtant, les prix du pétrole ne cèdent pas. Le Brent reste ancré au-dessus de 85 dollars le baril, et les acheteurs asiatiques continuent de payer cher leur approvisionnement. Cette décorrélation entre flux physiques et cours étonne plus d'un analyste. Elle raconte surtout une chose : l'Iran ne contrôle plus la donne comme avant.
Pendant des années, Téhéran a fait planer la menace sur Ormuz pour peser sur le marché. Aujourd'hui, les exportations iraniennes passent souvent par des circuits parallèles, avec des tankers qui éteignent leurs transpondeurs ou changent de pavillon. Les Émirats et l'Arabie saoudite poussent leurs propres volumes via des pipelines contournant le détroit. Résultat : même si l'Iran bloque le passage, le choc serait moins violent qu'imaginé. Les raffineurs indiens et chinois ont diversifié leurs sources. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un baril cher pèse sur les devises locales et donc sur les frais d'envoi.
Les prix élevés s'expliquent aussi par la demande. La reprise de l'activité en Chine et en Inde absorbe tout surplus. Les stocks stratégiques américains restent bas. Et l'OPEP+ continue de limiter sa production. Dans ce contexte, une augmentation des flux en provenance du Golfe ne suffit pas à faire baisser les cours. Il faudrait soit un ralentissement brutal de la croissance mondiale, soit une décision coordonnée des producteurs pour ouvrir les vannes. Ni l'un ni l'autre n'est à l'ordre du jour.
Pour l'Iran, la perte d'influence est réelle. Le pays exporte moins qu'avant les sanctions, et ses clients se raréfient. Mais il conserve une carte : la capacité de perturber le trafic. Cette menace, même affaiblie, empêche les prix de s'effondrer. Les marchés intègrent une prime de risque permanente. Téhéran n'a plus le monopole du chantage, mais il garde un pouvoir de nuisance qui pèse sur chaque baril échangé.
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