La dette mondiale s'emballe, un nouveau risque systémique
Après dix ans d'accumulation, la hausse des taux et les besoins de refinancement exposent l'économie mondiale à un choc. La guerre en Iran pourrait avoir allumé la mèche.

La planète finance retient son souffle. Selon une analyse publiée par Business A.M. à Washington, le monde se rapproche d'une crise de la dette globale. Le conflit en Iran a peut-être servi d'étincelle, mais le terrain était déjà sec. Pendant une décennie, les États et les entreprises ont emprunté à tout-va, profitant de taux d'intérêt proches de zéro. Aujourd'hui, la donne a changé : les banques centrales ont relevé leurs taux pour contrer l'inflation, et les échéances de remboursement s'accumulent. Résultat, des dizaines de pays doivent refinancer leurs dettes à des coûts bien plus élevés qu'à l'époque où ils les ont contractées.
Le Fonds monétaire international tire la sonnette d'alarme depuis des mois. Plus de 60 % des pays à faible revenu sont déjà en situation de surendettement ou proches de l'être. Le Sri Lanka a fait défaut en 2022, le Ghana en 2023, la Zambie négocie encore avec ses créanciers. L'Égypte, le Pakistan, le Kenya consacrent une part croissante de leurs recettes au service de la dette, au détriment de la santé et de l'éducation. La hausse des taux américains attire les capitaux vers les obligations du Trésor, asséchant le financement des économies émergentes. Un cercle vicieux : moins de liquidités, des taux plus hauts, des défauts en chaîne.
Pour les ménages et les entreprises des pays riches, l'onde de choc se propage déjà. Les crédits immobiliers deviennent inabordables, les investissements des PME calent. En zone euro, la croissance frôle le zéro et l'endettement public reste élevé. Les banques centrales, elles, naviguent à vue : baisser les taux trop vite relancerait l'inflation, les maintenir trop longtemps étouffe l'activité. Les marchés obligataires, eux, intègrent déjà un risque de défaut accru, avec des écarts de taux qui se creusent entre les pays les plus fragiles et les plus solides.
La prochaine étape dépendra de la capacité des grands argentiers à coordonner leurs efforts. Le G20 a promis des mesures, mais les avancées restent timides. En attendant, les investisseurs se couvrent, les gouvernements bricolent des plans d'austérité et les populations encaissent. Une chose est sûre : la facture de dix ans d'argent facile arrive sur la table, et personne n'a intérêt à ce qu'elle soit payée dans la panique.
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