La CBN veut transformer l'inclusion financière en amélioration réelle du niveau de vie
Olayemi Cardoso, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, juge insuffisant l'élargissement de l'accès aux services financiers et réclame des résultats mesurables sur le bien-être des ménages.

Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria a choisi une tribune peu habituelle pour dire tout haut ce que beaucoup d'opérateurs pensent tout bas. Mercredi, à Abuja, devant l'assistance réunie pour l'enquête 2026 sur l'accès aux services financiers, Olayemi Cardoso a posé un constat simple : ouvrir des comptes ne suffit plus. Le pays a multiplié les points de service, les agents bancaires et les applications mobiles, mais le niveau de vie des Nigérians n'a pas suivi au même rythme. Pour lui, la prochaine étape consiste à mesurer ce que l'accès à la finance change concrètement dans la vie des gens — épargne, crédit, assurance, capacité à absorber un imprévu.
Le Nigeria reste l'un des marchés les plus dynamiques du continent en matière de paiements mobiles. Les transferts instantanés ont explosé, portés par des fintechs locales et une population jeune, très connectée. Mais cette effervescence cache une réalité plus dure : une grande partie des comptes ouverts restent dormants, et l'accès au crédit formel demeure un privilège. Cardoso pointe cette contradiction. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car des circuits plus efficaces et mieux supervisés finissent par peser sur les frais facturés au guichet.
La Banque centrale mise sur plusieurs leviers. Elle veut renforcer l'éducation financière, élargir l'assurance aux populations rurales et pousser les banques à prêter davantage aux petites entreprises, souvent exclues du système faute d'historique de crédit. Le gouverneur insiste aussi sur la protection des consommateurs, un chantier longtemps négligé. Sans garde-fous, l'ouverture des services financiers peut exposer les ménages fragiles à des arnaques et à des taux abusifs, ce qui annulerait le bénéfice attendu.
Reste la question du tempo. Les objectifs de la CBN se heurtent à une inflation élevée et à un pouvoir d'achat sous pression, deux facteurs qui limitent la portée réelle de l'inclusion. Un compte bancaire aide à sécuriser un revenu, pas à le faire grimper. Tant que les salaires et les prix resteront déséquilibrés, l'amélioration du bien-être financier que réclame Cardoso dépendra autant de la politique monétaire que des innovations de paiement. Le virage annoncé à Abuja est donc autant un changement d'indicateurs qu'un aveu : la finance ne vaut que par ce qu'elle apporte au quotidien.
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