L'ONU chiffre à 74,5 milliards $ par an le coût des notations africaines biaisées
Les agences de notation internationales sous-estiment la solvabilité des États africains, selon l'ONU. Résultat : des taux d'intérêt plus élevés et un manque à gagner annuel estimé à 74,5 milliards de dollars.

Les notes souveraines attribuées aux pays africains ne reflètent pas leur réalité économique. C'est le constat de l'ONU, qui évalue à 74,5 milliards de dollars par an le surcoût supporté par le continent à cause de notations jugées inexactes et mal adaptées à ses contextes. Concrètement, un pays africain noté « B » par une agence internationale paiera plus cher ses emprunts qu'un pays d'ailleurs affichant les mêmes fondamentaux. La différence se chiffre en points de base, mais elle pèse des milliards sur les budgets publics.
Le Nigeria a été le premier à contester publiquement cette mécanique. En 2023, le gouvernement nigérian a rejeté la note attribuée par Moody's, arguant que l'agence n'avait pas pris en compte les réformes engagées ni la taille réelle de l'économie. D'autres pays suivent : le Kenya, l'Angola ou la Zambie ont tous vu leur prime de risque grimper sur des critères qu'ils jugent partiellement subjectifs. Le problème n'est pas seulement le niveau des notes, c'est la méthode. Les agences basent leurs évaluations sur des modèles calibrés pour des économies avancées, où la dette est libellée en monnaie locale et où les marchés de capitaux sont profonds. En Afrique, la dette est souvent en devises étrangères, les recettes fiscales dépendent de matières premières volatiles, et les chocs externes frappent plus fort. Résultat : des écarts de notation qui se traduisent directement en coût de financement.
L'Agence africaine de notation de crédit, l'AfCRA, doit combler ce vide. Portée par l'Union africaine, elle produira des évaluations pensées pour les réalités du continent, couvrant les États souverains, les collectivités locales, les entreprises et les institutions. L'enjeu est double : fournir aux investisseurs une lecture plus fine des risques, et donner aux États un argument pour négocier leurs taux. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un pays mieux noté emprunte moins cher et stabilise sa monnaie.
Reste à savoir si l'AfCRA s'imposera face aux trois géants que sont Moody's, Standard & Poor's et Fitch. Leur poids dans les mandats d'investissement reste considérable. Mais le rapport de l'ONU met le doigt sur une faille : la notation n'est pas une science exacte, c'est un jugement. Et ce jugement, jusqu'ici, coûte cher à l'Afrique. La création de l'AfCRA ne changera pas tout du jour au lendemain, mais elle ouvre une brèche. Les pays qui empruntent sur les marchés internationaux ont désormais un instrument pour contester les primes de risque qu'on leur impose.
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