Kevin Warsh à Jackson Hole : le meilleur choix pour la Fed reste l'attentisme
Au symposium de Jackson Hole, le président de la Fed Kevin Warsh a appelé à repenser les modèles monétaires, tout en laissant entendre qu'une pause prolongée des taux serait sa meilleure option.

Kevin Warsh a profité de la grand-messe annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole, dans le Wyoming, pour poser une question simple : à quoi servent des modèles économiques qui n'ont pas vu venir les chocs des dernières années ? Le président de la Réserve fédérale américaine a invité ses collègues à lui soumettre « toute la palette d'idées » disponibles en matière de politique monétaire, avec l'objectif affiché de « construire des modèles plus fiables ». Derrière la formule technique, un constat gênant : les outils hérités des années 2000 ont mal encaissé la pandémie, l'inflation à deux chiffres et les relèvements de taux les plus brutaux depuis quatre décennies.
Dans ce contexte, la meilleure décision de Warsh pourrait bien être de ne rien décider. Les marchés l'ont d'ailleurs compris avant lui : les contrats à terme sur les taux directeurs tablent majoritairement sur un statu quo jusqu'à la fin de l'année. La croissance américaine tient bon, le chômage reste sous les 4,5 %, et l'inflation, sans être vaincue, redescend vers la cible de 2 %. Toucher aux taux dans ces conditions reviendrait à jouer à la roulette avec une économie qui n'en a pas besoin.
Pour les pays qui arriment leur monnaie au dollar ou s'en inspirent, cette pause n'est pas neutre. Quand la Fed s'immobilise, les taux d'emprunt en dollars se stabilisent, et les pays africains qui émettent de la dette en devise forte respirent un peu. Les banques centrales de la zone CFA, elles, gardent les yeux rivés sur Francfort et Washington avant de bouger leurs propres taux directeurs. Une Fed qui fait du surplace, c'est un signal de calme relatif pour les monnaies adossées à l'euro comme pour celles qui flottent face au billet vert.
Reste que l'attentisme a ses limites. Warsh hérite d'une institution critiquée pour avoir réagi trop tard en 2021, puis trop fort en 2022. Ne rien faire aujourd'hui, c'est parier que l'inflation continuera de refluer sans coup de pouce. Si ce pari échoue, la Fed devra rattraper son retard avec des hausses douloureuses. Le vrai test ne viendra pas des discours de Jackson Hole, mais des chiffres de l'emploi et des prix qui tomberont dans les prochaines semaines.
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