Nigeria : l'assurance agricole face au défi climatique, des lacunes criantes
L'assurance agricole nigériane, censée protéger les fermiers contre les aléas climatiques, reste largement sous-développée. Entre inondations récurrentes et sécheresses, les pertes s'accumulent pour des millions de petits exploitants, faute de mécanismes adaptés.

Le Nigeria a consacré des décennies à bâtir un système d'assurance agricole, censé constituer la première ligne de défense des fermiers contre les caprices du climat. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre. Les inondations qui ont ravagé l'État de Kebbi en 2022 ont détruit des milliers d'hectares de rizières, et la plupart des sinistrés n'ont jamais vu la couleur d'une indemnité. Les mécanismes existants, souvent pilotés par des agences publiques comme la NAIC, peinent à couvrir les petits exploitants, qui représentent pourtant l'essentiel de la production agricole.
Le problème ne réside pas seulement dans le nombre de polices souscrites, mais dans leur pertinence. Les produits d'assurance classiques, calqués sur des modèles occidentaux, ignorent les réalités locales : parcelles morcelées, absence de titres fonciers, et revenus trop faibles pour payer des primes. Résultat, moins de 5 % des agriculteurs nigérians sont couverts, selon les estimations du secteur. Les initiatives récentes, comme les indices climatiques basés sur la pluviométrie, promettent des paiements automatiques, mais leur déploiement reste limité à quelques zones pilotes.
Pour la diaspora ouest-africaine, ces lacunes ont un impact direct : les envois de fonds vers les zones rurales servent souvent à éponger les pertes agricoles, un manque à gagner qui pourrait être évité avec une meilleure couverture. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent les taux de change en temps réel, mais l'argent transféré ne compense pas la destruction des récoltes. Les banques, de leur côté, hésitent à financer les agriculteurs sans assurance, ce qui freine l'investissement dans des équipements modernes.
Les autorités nigérianes multiplient les annonces, mais les moyens suivent rarement. Le Fonds pour l'assurance agricole, doté de plusieurs milliards de nairas, reste largement sous-utilisé. Les compagnies privées, elles, se concentrent sur les grandes exploitations commerciales, laissant de côté les 40 millions de petits fermiers. Tant que le gouvernement ne rendra pas l'assurance obligatoire ou ne subventionnera pas les primes, le fossé risque de se creuser. En attendant, les agriculteurs continuent de jouer leur avenir à la loterie du ciel, sans filet de sécurité.
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