Expropriation au Nigeria : quand l'indemnisation doit rimer avec justice
Au Nigeria, la terre est le principal patrimoine de nombreuses familles. Les dédommagements versés lors d'expropriations restent souvent en dessous de la valeur réelle, ce qui alimente tensions et appauvrissement.

Au Nigeria, la terre n'est pas qu'un actif immobilier. C'est un toit, un revenu, une sécurité. Pour une majorité de ménages, elle constitue la plus grosse richesse qu'ils posséderont jamais. Pour les entreprises, c'est un intrant décisif dans l'investissement et l'expansion. Pour l'État, c'est une ressource stratégique pour les routes, les barrages, les zones industrielles. Cette tension entre intérêt public et droits privés est au cœur du débat sur les expropriations.
La loi nigériane autorise l'État à prendre des terres pour cause d'utilité publique, à condition de verser une indemnisation. Mais dans les faits, les montants proposés sous-évaluent souvent le terrain, ignorent les activités qui en dépendent et arrivent avec des années de retard. Des agriculteurs de la périphérie d'Abuja ou de Lagos ont vu leurs parcelles transformées en zones résidentielles sans que le chèque couvre le coût réel d'un déménagement ou la perte de revenus. Le mécanisme, censé être protecteur, devient une source d'appauvrissement.
Le problème tient aussi à la méthode. Les évaluations sont faites à la hâte, sans contre-expertise indépendante, et les recours judiciaires restent hors de portée pour beaucoup. Résultat : des communautés acceptent des sommes dérisoires ou perdent tout simplement leurs moyens de subsistance. Pour les investisseurs, l'incertitude foncière renchérit le coût du capital et freine des projets. Une indemnisation juste n'est pas un frein au développement, c'est sa condition de durabilité.
Le débat dépasse la seule question du prix. Il touche à la confiance dans l'État de droit. Sans compensation crédible, chaque nouveau projet d'infrastructure risque de se heurter à des résistances locales, des blocages, des contentieux. Les autorités nigérianes ont intérêt à clarifier les barèmes, à accélérer les paiements et à intégrer la perte d'activité dans le calcul. C'est à ce prix que l'expropriation pourra être perçue comme un échange équitable, et non comme une spoliation.
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