Épargne européenne : le vrai problème du Nigeria est ailleurs
Ursula von der Leyen critique l'épargne européenne jugée passive. Mais au Nigeria, le défi est plus profond : une épargne faible et mal canalisée, face à des besoins massifs d'investissement.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment qualifié l'épargne européenne de « paresseuse » lors d'une conférence à Paris. Ses propos visent à encourager les investisseurs à mobiliser les capitaux vers des projets productifs. Mais cette critique, bien que pertinente pour l'Europe, semble presque un luxe comparée à la situation nigériane.
Au Nigeria, le problème n'est pas que l'épargne dort, c'est qu'elle est rare et souvent placée dans des actifs improductifs. Selon les données de la Banque centrale, le taux d'épargne national stagne autour de 15 % du PIB, contre plus de 20 % dans plusieurs économies émergentes. Pendant ce temps, les besoins en infrastructures – routes, électricité, ports – dépassent les 100 milliards de dollars sur la décennie. Les ménages nigérians préfèrent détenir des devises étrangères ou de l'or plutôt que de financer l'économie locale.
Ce comportement s'explique par la volatilité du naira et une inflation qui a dépassé 30 % en début d'année. Les rendements réels des placements locaux sont souvent négatifs, ce qui pousse les épargnants à se tourner vers des valeurs refuges. Les banques commerciales, elles, peinent à canaliser ces dépôts vers des prêts à long terme, préférant les obligations d'État. Pour la diaspora ouest-africaine, cette instabilité complique la gestion de leurs envois de fonds, qui représentent pourtant une source majeure de devises.
Pendant que l'Europe débat de la meilleure façon de dynamiser son épargne, le Nigeria doit d'abord restaurer la confiance dans sa monnaie et son système financier. Sans stabilité macroéconomique, aucun appel à l'investissement ne portera ses fruits. Les autorités monétaires ont entamé des réformes, mais le chemin reste long. En attendant, les Nigérians continuent de chercher des moyens de protéger leur pouvoir d'achat, souvent au détriment de l'investissement productif.
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