Emzor réclame plus de soutien public pour l'industrie pharmaceutique nigériane
La fondatrice d'Emzor, Stella Okoli, demande à l'État nigérian de renforcer l'appui aux fabricants locaux de médicaments, pour créer des emplois et économiser des devises.

Stella Okoli ne parle pas dans le vide. La fondatrice d'Emzor, l'un des plus gros laboratoires pharmaceutiques du Nigeria, a publiquement demandé au gouvernement fédéral d'en faire davantage pour les fabricants locaux de médicaments. Son argument tient en deux volets : l'emploi et les réserves de change. À 80 ans passés, celle qui a bâti Emzor à Lagos depuis les années 1970 connaît le poids du secteur. Le Nigeria importe encore une grande partie de ses médicaments, ce qui pèse lourdement sur la balance commerciale.
Le pays a dépensé plus d'un milliard de dollars en importations pharmaceutiques ces dernières années, selon les estimations du secteur. Chaque conteneur de comprimés qui arrive d'Inde ou de Chine se paie en dollars, à un moment où la devise nigériane reste sous pression. Pour Okoli, produire localement, c'est garder ces dollars dans le circuit national et faire travailler des Nigérians. Le raisonnement vaut aussi pour la zone CEDEAO voisine : pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une industrie pharmaceutique régionale solide réduit la facture en devises de toute la sous-région.
Les obstacles ne manquent pas. Le coût de l'énergie, les routes dégradées, l'accès limité au crédit et la concurrence des génériques importés freinent les industriels locaux. Emzor elle-même a dû investir dans ses propres centrales pour pallier les coupures électriques. Okoli plaide pour des incitations fiscales, des achats publics priorisant les producteurs nationaux et un meilleur accès aux financements. Des mesures que le gouvernement nigérian a promises à plusieurs reprises, sans toujours les concrétiser.
La question dépasse le seul cas d'Emzor. Une industrie pharmaceutique nigériane compétitive réduirait la dépendance aux importations, stabiliserait l'approvisionnement en médicaments essentiels et créerait des milliers d'emplois qualifiés. Mais sans politique industrielle cohérente, les appels resteront des vœux pieux. Le secteur attend des actes, pas des discours.
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