Dangote : Rewane projette un PIB nigérian à 600 milliards de dollars d'ici 2030
L'économiste Bismarck Rewane estime que la raffinerie Dangote pourrait porter le PIB du Nigeria à 600 milliards de dollars d'ici 2030, portée par l'investissement privé et ses effets d'entraînement sur le reste de l'économie.

Bismarck Rewane ne parle pas d'un pari. L'économiste nigérian, patron du cabinet Financial Derivatives, chiffre à 600 milliards de dollars le PIB du Nigeria à l'horizon 2030, contre environ 360 milliards aujourd'hui. Le moteur de cette projection tient en un nom : la raffinerie Dangote. Mise en service progressivement depuis fin 2023, l'unité de Lekki vise 650 000 barils par jour, ce qui en ferait la plus grande raffinerie d'Afrique. Rewane s'appuie sur un raisonnement simple : quand une infrastructure de cette taille démarre, elle n'ajoute pas seulement sa propre production au PIB, elle tire derrière elle le transport, la logistique, la pétrochimie et les services financiers.
Le Nigeria importait encore l'essentiel de son carburant il y a deux ans, une aberration pour le premier producteur de brut du continent. La raffinerie a commencé à inverser la tendance : Dangote revendique déjà la fourniture de la quasi-totalité du carburant aviation consommé localement, et les cargaisons d'essence vers l'étranger se multiplient. Chaque baril raffiné sur place plutôt qu'importé, c'est une facture en dollars qui disparaît et une valeur ajoutée qui reste dans le pays. Pour les opérateurs de change et les plateformes de transfert, ce basculement compte : moins de pression sur les devises pour financer les importations de carburant, c'est un Naira qui respire un peu mieux face au dollar.
Rewane ne cache pas les obstacles. La production de brut nigériane reste fragile, sous les 1,5 million de barils par jour, loin des quotas de l'OPEP. Les vols de pétrole et le vandalisme des pipelines n'ont pas disparu. Et une raffinerie, même géante, ne transforme pas à elle seule une économie : il faut de l'électricité, des routes, un cadre fiscal stable. L'économiste parle d'effets multiplicateurs, mais ces effets supposent que le reste du tissu industriel suive. Or, la dépendance du Nigeria au pétrole brut n'a guère reculé, et la volatilité des cours mondiaux reste une menace permanente pour les recettes publiques.
La projection de Rewane a le mérite de fixer un repère. Passer de 360 à 600 milliards de dollars en cinq ans exige une croissance annuelle soutenue, autour de 7 à 8 %, que le Nigeria n'a plus connue depuis longtemps. La raffinerie peut enclencher le mouvement, mais elle ne le soutiendra pas seule. Ce qui se jouera dans les prochaines années, c'est la capacité du pays à convertir une réussite industrielle privée en dynamique économique large. Sans réformes sur l'énergie, la fiscalité et la sécurité, le chiffre de 600 milliards restera une hypothèse, pas une trajectoire.
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