Contrôle public : la marge budgétaire existe, elle est juste mal utilisée
Alors que les inégalités et le coût de la vie grimpent, les gouvernements invoquent des caisses vides. Pourtant, cette contrainte budgétaire résulte souvent d'un choix : réduire les déficits plutôt que financer la croissance.

Les gouvernements répètent qu'ils n'ont plus de marge de manœuvre. Partout, la vie chère et les inégalités s'aggravent, mais les trésoreries seraient à sec. C'est le discours dominant. Sauf que cette contrainte est souvent auto-imposée. Elle découle d'une confusion tenace : la responsabilité budgétaire consisterait à couper les déficits et la dette, point final. Une équation comptable qui ignore l'essentiel — la capacité d'un pays à produire de la richesse.
Prenez le Nigeria. L'État fédéral consacre une part écrasante de ses recettes au service de la dette, au détriment des infrastructures et de l'éducation. Résultat : une croissance fragile, une économie peu diversifiée, et une population qui s'appauvrit. Pourtant, le pays regorge de ressources naturelles et d'une jeunesse entreprenante. Ce n'est pas l'argent qui manque, c'est l'orientation donnée à l'argent public. Un budget n'est pas un exercice de restriction, c'est un outil de transformation. La vraie rigueur, c'est de financer ce qui rapporte demain.
Cette logique vaut aussi pour les ménages et les entrepreneurs. Quand l'État comprime la dépense publique sans discernement, il étouffe la demande et décourage l'investissement privé. À l'inverse, des dépenses ciblées — transports, énergie, santé — libèrent du pouvoir d'achat et stimulent l'activité. Les décideurs politiques doivent retrouver cette boussole. La discipline budgétaire ne se mesure pas au montant des coupes, mais à la qualité des dépenses. Une idée qui commence à faire son chemin dans les cercles économiques africains.
Pour les populations, le message est simple : les caisses ne sont pas vides, elles sont mal orientées. L'austérité à tout-va n'est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques. Et ces choix peuvent changer. Les gouvernements qui osent investir dans la capacité productive de leur économie récoltent plus tard les fruits en termes d'emplois et de recettes fiscales. Ceux qui s'entêtent dans la rigueur comptable préparent une facture sociale plus lourde encore. La marge de manœuvre existe. Encore faut-il vouloir s'en servir.
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