Cimenteries nigérianes : 1 700 milliards de nairas de profits, mais des fissures
Dangote Cement, BUA Cement et HBM Nigeria ont engrangé 1 700 milliards de nairas de bénéfices après impôt sur neuf mois, en hausse de 38 %. Derrière ces résultats, la demande reste fragile.

Les trois géants du ciment nigérian — Dangote Cement, BUA Cement et HBM Nigeria, ex-Lafarge Africa — ont cumulé 1 700 milliards de nairas de bénéfices après impôt entre janvier et septembre, soit une progression de 38 % sur un an. Un chiffre qui impressionne dans un pays où l'inflation frôle les 30 %. Mais cette performance doit se lire à la lumière d'un marché intérieur sous tension : le pouvoir d'achat des ménages s'effrite, et les chantiers publics avancent au ralenti.
La hausse des profits tient d'abord à une hausse des prix de vente. Le sac de ciment a grimpé de plus de 50 % en deux ans dans plusieurs États du Sud-Ouest, dépassant parfois 9 000 nairas. Les cimentiers ont répercuté la flambée des coûts énergétiques et logistiques, mais aussi la dépréciation du naira, qui renchérit les pièces de rechange importées. Résultat : les marges se maintiennent, mais les volumes vendus stagnent. Les opérateurs du bâtiment à Lagos le disent sans détour : les commandes privées reculent, et les particuliers reportent leurs travaux.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : chaque naira de bénéfice supplémentaire pour les cimentiers se traduit par une pression accrue sur les prix à la construction, donc sur les projets financés depuis l'étranger. Les envois de fonds vers le Nigeria, estimés à 20 milliards de dollars par an, financent en partie l'immobilier résidentiel. Quand le ciment coûte plus cher, la diaspora en ressent directement l'effet sur ses chantiers.
Les fissures sous les profits sont donc réelles. La demande publique reste le principal amortisseur, mais les retards de paiement des États fédérés inquiètent. Et la concurrence pourrait s'intensifier avec l'arrivée annoncée de nouvelles capacités de production en 2025. D'ici là, les cimentiers nigérians continuent d'afficher des bilans solides, portés par un marché captif et des prix élevés. Une rentabilité qui tient moins à la croissance qu'à la capacité à faire payer le client.
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