Benue : les femmes agricultrices veulent exporter leurs récoltes
Des productrices de l'État de Benue réclament un appui pour transformer et commercialiser leurs récoltes à l'international, alors que la production locale monte en puissance.

Dans l'État de Benue, au centre du Nigeria, les femmes agricultrices ne se contentent plus de nourrir le marché local. Réunies au sein de la Smallholder Women Farmers Organisation in Nigeria (SWOFON), elles demandent un soutien concret pour franchir un cap : exporter. Leur ambition ne date pas d'hier, mais elle prend une nouvelle ampleur à mesure que les volumes augmentent. Rebecca, membre de l'organisation, résume la situation sans détour : sans appui technique ni financement, la production reste bloquée au stade artisanal. Benue produit déjà du riz, du soja, du manioc et des noix de cajou en quantité. Ce qui manque, c'est la chaîne qui transforme cette matière première en produit fini exportable.
Le Nigeria importe encore massivement ce qu'il pourrait transformer chez lui. Les femmes de Benue l'ont compris : vendre brut, c'est laisser la valeur ajoutée à d'autres. Elles visent la transformation, le conditionnement, la labellisation. Autant d'étapes qui exigent des machines, des entrepôts, des certifications sanitaires et un accès au crédit. Sur le terrain, les coopératives féminines font déjà le travail d'organisation : regroupement des récoltes, formation aux bonnes pratiques, recherche de débouchés. Mais sans routes praticables en saison des pluies, sans électricité stable pour la conservation, chaque tonne produite perd de sa valeur avant même d'atteindre le port.
L'enjeu dépasse la seule question agricole. Il touche à la balance commerciale du pays, à l'emploi rural et à la place des femmes dans l'économie nigériane. Les États du sud-ouest, Lagos en tête, ont montré la voie avec des zones franches agricoles. Benue, grenier du Nigeria, dispose des terres et de la main-d'œuvre. Ce qui bloque, c'est l'articulation entre production et marché mondial. Les acheteurs étrangers, eux, ne manquent pas : la demande en noix de cajou, en soja et en huile de palme transformée reste forte en Europe et en Asie. Encore faut-il pouvoir livrer des lots réguliers, traçables et conformes.
Si les femmes de Benue obtiennent les moyens de transformer sur place, c'est toute une chaîne de valeur qui se déplace vers le nord du pays. Les revenus resteraient dans les communautés, les jeunes trouveraient du travail en amont et en aval des fermes. À l'inverse, sans investissement dans le stockage et la logistique, la production supplémentaire finira par pourrir sur pied ou se vendre à perte. Le message des agricultrices est simple : elles ne demandent pas la charité, mais l'accès aux mêmes outils que les grands opérateurs. La balle est dans le camp des autorités et des institutions financières.
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