Ajaokuta Steel : 5,46 milliards de nairas de dette et une privatisation qui s'impose
Menacée de coupure pour une ardoise de 5,46 milliards de nairas, la plus grande aciérie du Nigeria n'a jamais produit d'acier commercial depuis 1979. Le débat sur sa privatisation revient en force.

La société Ajaokuta Steel, fleuron industriel du Nigeria, se retrouve une nouvelle fois sous pression. Le régulateur du marché de l'électricité menace de couper le courant pour une dette de 5,46 milliards de nairas. L'aciérie, située dans l'État de Kogi, ne produit pas un gramme d'acier commercial depuis sa construction entamée en 1979. Quarante-cinq ans de promesses, de contrats avortés et de milliards engloutis. Le complexe devait employer 10 000 personnes et alimenter toute la filière sidérurgique nationale. Aujourd'hui, il tourne au ralenti avec quelques centaines d'ouvriers et une facture énergétique qu'il ne peut plus payer.
Le problème n'est pas technique. Les fours existent, les laminoirs aussi. Ce qui manque, c'est une gouvernance capable de décider et d'investir. Chaque ministre de l'Acier a promis de relancer la production. Chaque fois, les mêmes blocages : conflits de compétence entre l'État fédéral et les concessionnaires, contentieux judiciaires, absence de financement structuré. En 2016, un accord avec une société russe devait redémarrer une partie du site. Huit ans plus tard, rien n'a bougé. Pendant ce temps, le Nigeria importe plus de 80 % de son acier, une facture de plusieurs milliards de dollars par an.
La privatisation revient donc sur la table. Des groupes comme Dangote ou des investisseurs indiens et chinois ont montré leur intérêt par le passé. Mais l'État nigérian hésite à céder un actif aussi symbolique. Pourtant, l'expérience de la raffinerie Dangote à Lagos prouve qu'un privé peut livrer un projet industriel géant quand l'État s'efface. Le débat n'est plus idéologique : maintenir Ajaokuta sous tutelle publique coûte chaque année des dizaines de milliards de nairas en salaires, maintenance et pénalités. Une somme que le pays ne peut plus se permettre.
La décision appartient désormais au gouvernement fédéral. Soit il trouve un partenaire privé crédible et accepte de perdre le contrôle, soit il continue de financer un site qui ne produit rien. Le statu quo a un coût : celui d'une dépendance aux importations qui pèse sur la balance commerciale et sur l'emploi. Ajaokuta n'est pas qu'une usine. C'est le symbole d'une industrialisation nigériane toujours repoussée. Tant que la question de sa propriété ne sera pas tranchée, le pays continuera de payer pour un rêve sans acier.
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