Afrique : les classes multilingues réclament des enseignants mieux formés
Le British Council plaide pour un investissement prioritaire dans la formation des enseignants, alors que les salles de classe africaines mêlent plusieurs langues et que les ressources manquent souvent.

Les systèmes éducatifs africains font face à un défi que les rapports internationaux soulignent de plus en plus : la diversité linguistique dans les salles de classe. Un élève peut arriver à l'école en parlant une langue locale, apprendre à lire dans une autre, et suivre les mathématiques dans une troisième. Le British Council, qui travaille avec plusieurs ministères de l'Éducation sur le continent, insiste sur un point simple : sans enseignants capables de naviguer entre ces langues, les réformes pédagogiques restent des coquilles vides. Les recherches mondiales convergent sur ce constat. Un enseignant bien formé peut compenser en partie le manque de manuels, de tableaux ou même de salles de classe. Mais cette formation suppose des moyens concrets, souvent absents des budgets nationaux.
Le problème n'est pas nouveau, mais il s'aggrave à mesure que les effectifs scolaires gonflent. Dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et de l'Est, les classes dépassent régulièrement les soixante élèves. Un instituteur seul, même motivé, ne peut pas adapter sa pédagogie à autant de niveaux linguistiques différents sans un soutien structurel. Le British Council recommande de concentrer les efforts sur la formation continue, en particulier pour les enseignants du primaire, où se joue l'apprentissage de la lecture. Les programmes qui marchent, selon l'organisation, associent les langues maternelles des élèves à la langue officielle d'enseignement, plutôt que de les opposer. Cette approche demande toutefois des enseignants formés à cette dualité, ce qui reste rare.
Les chiffres manquent pour mesurer précisément l'ampleur du besoin. Mais les évaluations disponibles montrent que les élèves africains obtiennent souvent des résultats faibles en compréhension de texte, même après plusieurs années de scolarité. La langue d'enseignement y est pour beaucoup. Quand un enfant ne comprend pas la langue dans laquelle on lui explique une notion, il décroche. Les enseignants le savent, mais ils manquent d'outils pour y remédier. Le British Council plaide donc pour que la formation initiale et continue intègre réellement la question multilingue, au lieu de la traiter comme un supplément d'âme. Cela passe par des partenariats avec les universités et les instituts de formation, mais aussi par une reconnaissance professionnelle des enseignants qui maîtrisent plusieurs langues.
La question dépasse le cadre pédagogique. Dans des pays où les langues locales ont longtemps été reléguées au second plan, former des enseignants capables de les utiliser en classe revient à valoriser un patrimoine culturel tout en améliorant les résultats scolaires. Les ministères qui ont tenté l'expérience, notamment au Kenya et en Éthiopie, ont vu les taux de redoublement baisser dans les premières années du primaire. Mais ces initiatives restent fragiles, souvent dépendantes de financements extérieurs. Le vrai test sera budgétaire : tant que les salaires des enseignants resteront bas et que leur formation continue sera la variable d'ajustement, les classes multilingues resteront un défi non résolu.
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