Zamfara : le carburant cher étouffe le commerce transfrontalier avec le Niger
La hausse des prix du carburant et du transport frappe durement les commerçants des zones frontalières entre Zamfara (Nigeria) et le Niger. Les activités économiques ralentissent, les marges fondent et les échanges transfrontaliers souffrent.

Les stations-service de Gusau, la capitale de l'État de Zamfara, affichent des prix à la pompe qui ont grimpé de près de 30 % en deux mois. Le litre d'essence se négocie autour de 1 200 nairas, contre 950 en début d'année. Cette flambée se répercute directement sur le transport des marchandises, et les commerçants des localités frontalières comme Jibiya ou Kaura Namoda tirent la sonnette d'alarme. Les coûts de logistique explosent, et les marges bénéficiaires, déjà minces, fondent comme neige au soleil.
À la frontière avec le Niger, les échanges commerciaux ralentissent visiblement. Les camions qui acheminent des denrées alimentaires, du bétail ou des tissus vers les marchés nigériens doivent désormais payer le carburant au prix fort, parfois au noir, faute de disponibilité. Un grossiste de Jibiya, interrogé par nos confrères de Punch, raconte que le transport d'un sac de riz jusqu'à Maradi lui coûte aujourd'hui 3 000 nairas de plus qu'il y a six mois. Résultat : les volumes chutent, et certains commerçants préfèrent suspendre leurs activités plutôt que de vendre à perte. Les marchés transfrontaliers, qui étaient le poumon économique de la région, perdent de leur vigueur.
Cette cherté du carburant s'explique par la suppression des subventions sur l'essence, décidée par le gouvernement fédéral en mai 2023, mais aussi par la dépréciation continue du naira. Sur le marché parallèle, la devise nigériane s'échange autour de 1 450 nairas pour un dollar, un niveau record qui renchérit encore les importations de produits pétroliers. Pour les habitants de Zamfara, qui vivent souvent en dessous du seuil de pauvreté, chaque hausse de prix est un coup dur. Les transporteurs, eux, répercutent la hausse sur les passagers, ce qui réduit la mobilité des travailleurs et des marchandises. Pour la diaspora ouest-africaine, cette situation complique les envois de fonds, car les frais de transfert augmentent mécaniquement avec l'inflation et la volatilité du taux de change.
Les autorités locales tentent de réagir, mais les moyens manquent. Le gouvernement de Zamfara a annoncé des distributions gratuites de carburant pour les agriculteurs, mais ces mesures restent ponctuelles et insuffisantes. Les commerçants, eux, s'organisent pour mutualiser les transports et réduire les coûts, mais la tendance de fond est lourde. Tant que le naira restera faible et les prix du pétrole élevés, les zones frontalières du nord-ouest du Nigeria continueront de subir une pression économique intense. L'avenir du commerce transfrontalier dépendra de la capacité du gouvernement à stabiliser la monnaie et à maîtriser l'inflation, un chantier qui s'annonce long et semé d'embûches.
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