Wema Bank presse les auditeurs de renforcer les contrôles des risques numériques
Le directeur général de Wema Bank, Moruf Oseni, appelle les auditeurs du secteur bancaire nigérian à renforcer leur collaboration face à la montée des risques liés aux technologies émergentes, dont l'intelligence artificielle.

Moruf Oseni a pris la parole devant un parterre d'auditeurs bancaires à Lagos. Le directeur général de Wema Bank leur a demandé de resserrer les rangs face à ce qu'il appelle les nouveaux risques numériques. Sa cible principale : l'intelligence artificielle, qui s'installe dans les back-offices des banques nigérianes plus vite que les dispositifs de contrôle. Oseni ne parle pas de menace abstraite. Il évoque des algorithmes qui décident de l'octroi de crédit, des chatbots qui manipulent des données clients, des transactions qui filent sans supervision humaine. Pour lui, l'audit interne ne peut plus se contenter de vérifier les écritures une fois par an. Il doit vivre au rythme des systèmes qu'il surveille.
Le calendrier donne du poids à son avertissement. La fintech nigériane a levé plus d'un milliard de dollars en trois ans, et les banques traditionnelles ont accéléré leur virage numérique pour ne pas perdre la bataille des paiements. Cette course a un revers : chaque nouvelle API ouverte, chaque partenariat avec une start-up, chaque service cloud ajoute une porte d'entrée potentielle. Les fraudes en ligne ont bondi de 40 % au premier trimestre 2024, selon les données de la Financial Institutions Training Centre. Les auditeurs que Oseni interpelle sont ceux qui devront détecter ces brèches avant qu'elles ne coûtent cher. Le régulateur, lui, commence à regarder de près les banques qui externalisent leurs fonctions critiques.
Oseni connaît le sujet de l'intérieur. Il dirige Wema Bank depuis 2020, l'une des banques nigérianes qui a le plus misé sur le digital avec son application ALAT. Son message aux auditeurs ressemble à un rappel à l'ordre : la conformité ne suit pas la technologie, elle doit la précéder. Concrètement, cela signifie former les équipes aux risques algorithmiques, auditer les fournisseurs de cloud, et intégrer des tests de cybersécurité dans les revues trimestrielles. Pour la diaspora ouest-africaine qui envoie de l'argent au Nigeria, ces contrôles déterminent la fiabilité des canaux de transfert. Une faille dans une banque partenaire, et c'est tout un corridor qui ralentit.
Le Nigeria compte aujourd'hui plus de 200 millions de comptes bancaires, mais une part importante reste sous-utilisée. La confiance dans les systèmes numériques est devenue la vraie monnaie du secteur. Oseni le sait : sans audit solide, la digitalisation des banques nigérianes avancera avec un frein à main. Les auditeurs qu'il a interpellés repartent avec une feuille de route claire. Reste à voir combien de banques la suivront avant qu'un incident ne les y contraigne.
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