Un médecin nigérian installé aux États-Unis appelle la diaspora à combler les lacunes du système de santé
Le docteur Olurotimi Badero, cardiologue nigérian exerçant aux États-Unis, estime que l'expertise de la diaspora est indispensable pour combler les lacunes du système de santé nigérian.

Le docteur Olurotimi Badero exerce la cardiologie aux États-Unis depuis des années. Nigérian d'origine, il suit de près l'état du système de santé de son pays. Son constat est direct : le Nigeria ne forme pas assez de spécialistes, et ceux qui partent ne reviennent presque jamais. Le pays compte environ 40 000 médecins pour plus de 220 millions d'habitants, soit un ratio quatre fois inférieur au seuil recommandé par l'Organisation mondiale de la santé. Les postes de cardiologues, de neurochirurgiens ou d'anesthésistes restent vacants dans la plupart des hôpitaux publics, faute de candidats formés.
Badero ne se contente pas de décrire le problème. Il plaide pour un mécanisme concret : mobiliser les compétences nigérianes dispersées à l'étranger, pas seulement pour des visites ponctuelles, mais pour de la formation continue, du mentorat à distance et des partenariats entre hôpitaux américains et nigérians. Plusieurs pays africains ont déjà testé ce modèle. Le Rwanda, par exemple, a signé des accords avec des universités américaines pour envoyer des spécialistes en mission de six à douze mois. Le Ghana a créé un registre de sa diaspora médicale. Le Nigeria, lui, n'a toujours pas de cadre structuré pour ces échanges.
Le départ massif des professionnels de santé nigérians s'accélère. Entre 2017 et 2022, plus de 15 000 médecins ont quitté le pays, selon le Conseil médical et dentaire du Nigeria. La destination principale reste le Royaume-Uni, puis les États-Unis et le Canada. Les salaires expliquent une partie de cet exode : un médecin généraliste nigérian gagne environ 300 000 nairas par mois, soit moins de 200 dollars au taux actuel. Le même profil touche dix à vingt fois plus à Londres ou à Houston. Les conditions de travail — équipements vétustes, pénurie de médicaments, charges de garde épuisantes — pèsent tout autant.
Le gouvernement nigérian a tenté plusieurs réponses. En 2023, l'administration Tinubu a annoncé un plan pour doubler les admissions en faculté de médecine d'ici 2030. Mais former un cardiologue prend douze à quinze ans. En attendant, les patients qui en ont les moyens prennent l'avion pour Delhi, Le Caire ou Londres. Ceux qui restent s'en remettent aux cliniques privées, souvent hors de prix. La diaspora médicale nigériane représente une ressource immédiate, déjà formée, déjà opérationnelle. Encore faut-il que quelqu'un décroche le téléphone et organise le retour, même partiel, de ces compétences.
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