Un juriste nigérian appelle les dirigeants africains à concilier investissements étrangers et droits humains
Le professeur Damilola Olawuyi, expert onusien et avocat, exhorte les gouvernements africains à encadrer les investissements étrangers sans sacrifier les droits des populations locales.

Le débat revient sur la table à chaque nouveau contrat minier ou pétrolier signé sur le continent. Cette fois, c'est le professeur Damilola Olawuyi, avocat et expert des Nations unies, qui pose la question à voix haute : jusqu'où peut-on attirer des capitaux étrangers sans piétiner les droits des habitants ? Sa réponse, exposée lors d'une prise de parole publique au Nigeria, tient en une formule simple : les deux ne s'opposent pas. Encore faut-il que les États se donnent les moyens juridiques de faire respecter cette double exigence.
Le problème n'est pas théorique. Dans le delta du Niger, des décennies d'exploitation pétrolière ont laissé des sols pollués, des communautés déplacées et des recours judiciaires sans suite. Ailleurs, au Congo ou en Zambie, les contrats miniers signés à la hâte ont parfois ignoré les droits fonciers des villageois. Olawuyi plaide pour des clauses contractuelles qui intègrent d'emblée les obligations sociales et environnementales, plutôt que de les traiter comme des ajouts cosmétiques en fin de négociation. Les investisseurs sérieux, dit-il, ne fuient pas ces exigences : ils y voient une garantie de stabilité à long terme.
Le message s'adresse aussi aux institutions panafricaines. La Zone de libre-échange continentale africaine, entrée en vigueur en 2021, doit encore prouver qu'elle ne se limitera pas à faciliter les flux de marchandises et de capitaux. Olawuyi insiste sur un point : sans mécanismes de contrôle crédibles, les traités d'investissement deviennent des outils à sens unique, protégeant les multinationales sans offrir de recours équivalents aux citoyens. Plusieurs pays, dont le Nigeria, ont commencé à réviser leurs accords bilatéraux dans ce sens, mais le rythme reste lent.
La question dépasse le cadre juridique. Elle touche à la légitimité même des gouvernements qui négocient ces contrats au nom de populations rarement consultées. Olawuyi ne propose pas de fermer les frontières aux investissements — le continent en a besoin. Il demande un changement de méthode : transparence des termes, consultation des communautés, recours effectifs en cas d'abus. Sur ce terrain, les avocats africains spécialisés en droit des investissements restent peu nombreux. Leur montée en compétence, note-t-il, conditionne la capacité du continent à négocier d'égal à égal.
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