Geregu Power : les dessous d'un défaut obligataire qui secoue Lagos
Quatre ans après avoir émis la plus grosse obligation d'entreprise du Nigeria pour une société de production d'électricité, Geregu Power a surpris le marché en manquant à ses engagements. Retour sur un parcours semé d'embûches.

En 2020, Geregu Power Plc levait 15 milliards de nairas sur le marché obligataire, une première pour un producteur d'électricité au Nigeria. L'opération, saluée comme un signal de maturité du secteur, devait financer l'extension de sa centrale à gaz située dans l'État de Kogi. Mais quatre ans plus tard, l'entreprise a manqué le paiement d'un coupon, un choc pour les investisseurs qui voyaient en elle l'un des fleurons du secteur énergétique privé.
Le défaut n'est pas tombé du ciel. Depuis 2022, Geregu fait face à une cascade de difficultés : hausse des coûts d'exploitation, pénurie de gaz, et surtout une dette libellée en nairas alors que ses revenus, indexés sur le dollar, ont fondu avec la dépréciation de la monnaie. En un an, le naira a perdu plus de 60 % de sa valeur, alourdissant mécaniquement la charge de la dette. La société, contrôlée par le milliardaire Femi Otedola, a tenté de renégocier, mais les créanciers ont refusé un moratoire.
Pour le marché obligataire nigérian, c'est un avertissement brutal. Jusqu'ici, les émissions de dette des producteurs d'électricité étaient considérées comme sûres, adossées à des contrats d'achat d'électricité garantis par l'État. Or, ces garanties n'ont pas suffi. Les investisseurs institutionnels, comme les fonds de pension, qui détiennent une part importante de ces titres, doivent désormais provisionner des pertes. Certains parlent déjà d'un effet de contagion sur d'autres émetteurs du secteur.
Pour les opérateurs économiques ouest-africains, cette affaire illustre les risques d'un environnement où les devises fluctuent fortement. Les entreprises qui empruntent en monnaie locale mais génèrent des revenus en dollars se retrouvent piégées. Dans ce contexte, les plateformes numériques comme SendXOF offrent une visibilité en temps réel sur les taux de change, permettant aux entreprises de mieux anticiper leurs coûts. Mais la leçon de Geregu dépasse la simple gestion du change : elle rappelle que la solidité d'une entreprise ne se mesure pas seulement à ses actifs, mais à sa capacité à résister aux chocs monétaires.
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