Carburant : le retour des subventions menace le hub pétrolier ouest-africain, alerte S&P
S&P Global Energy prévient qu'un retour des subventions sur l'essence fragiliserait le marché pétrolier transparent que le Nigeria tente de bâtir avec la montée en puissance de la raffinerie Dangote.

Le Nigeria a libéralisé le prix de l'essence en 2023, mettant fin à des décennies de subventions qui pesaient lourdement sur les finances publiques. Deux ans plus tard, le débat revient. S&P Global Energy, dans une note diffusée cette semaine, avertit qu'un retour en arrière compromettrait la construction d'un marché pétrolier transparent dans la région. Joel Hanley, directeur exécutif en charge de la stratégie chez S&P Global Energy, pointe un enjeu précis : la raffinerie Dangote, avec ses 650 000 barils par jour de capacité, a été conçue pour fonctionner sur des prix de marché, pas sur des tarifs administrés.
Le mécanisme est simple. Si l'État fixe à nouveau le prix à la pompe en dessous du coût réel, les raffineurs locaux vendent à perte ou cherchent des dérogations. Dangote, qui a investi plus de 20 milliards de dollars dans son complexe de Lekki, près de Lagos, a besoin de visibilité sur ses marges. Sans elle, l'approvisionnement du marché nigérian redevient dépendant des importations — exactement ce que la nouvelle capacité de raffinage cherchait à éliminer. Les recettes publiques, elles, absorberaient la différence. Le Fonds monétaire international a déjà chiffré le coût des anciennes subventions à plus de 10 milliards de dollars sur les seuls dix premiers mois de 2022.
L'enjeu dépasse les frontières nigériennes. Le pays veut devenir un hub de prix pour l'Afrique de l'Ouest, un point de référence pour les transactions de produits raffinés dans une région qui importe massivement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un carburant subventionné fausse les prix relatifs et complique les arbitrages entre les deux monnaies. Une subvention qui revient, c'est un signal de volatilité envoyé aux investisseurs et aux opérateurs qui avaient commencé à se positionner sur un marché libéralisé.
Rien n'est encore tranché. Le gouvernement nigérian n'a pas annoncé de décision formelle, et la pression sociale reste forte après la flambée des prix qui a suivi la fin des subventions. Mais S&P met en garde contre un cercle vicieux : chaque retour en arrière rend le suivant plus coûteux politiquement et plus dommageable économiquement. La trajectoire du hub pétrolier ouest-africain dépendra de la capacité d'Abuja à tenir la ligne malgré les pressions à court terme.
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