Financement agricole au Nigeria : l'argent afflue, la production suit-elle ?
Un rapport de Regius Capital analyse cinq ans de crédits agricoles au Nigeria. L'argent afflue, mais la production ne suit pas toujours. Les banques prêtent davantage, pourtant la productivité stagne. Décryptage d'un paradoxe qui pèse sur la sécurité alimentaire et l'économie du pays.
L'agriculture nigériane attire de plus en plus de capitaux. Les banques et institutions financières ont accordé des crédits records au secteur ces dernières années, portés par les politiques publiques et la demande intérieure. Mais cet afflux d'argent se traduit-il par une hausse réelle de la production ? C'est la question posée par le nouveau rapport de Regius Capital, qui a passé au crible cinq années de données sur les prêts, les investissements et les rendements agricoles.
Les chiffres montrent une nette progression des financements : les prêts agricoles ont bondi de 40 % entre 2019 et 2024, selon la Banque centrale du Nigeria. Pourtant, la production de maïs, de riz ou de blé stagne, et les rendements à l'hectare restent parmi les plus faibles d'Afrique de l'Ouest. L'explication tient en partie à la mauvaise allocation des fonds : beaucoup d'argent part dans l'achat d'intrants, mais peu dans les infrastructures d'irrigation ou la mécanisation. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Le rapport pointe aussi un autre problème : la majorité des crédits vont à de grandes exploitations, tandis que les petits producteurs, qui fournissent pourtant 80 % de la nourriture du pays, restent exclus du système bancaire. Résultat : l'argent circule, mais il ne crée pas assez d'emplois ni de richesses dans les zones rurales. Les experts appellent à réorienter les financements vers des projets plus productifs, comme les coopératives ou les technologies de transformation.
Au-delà des chiffres, c'est un enjeu de souveraineté alimentaire qui se joue. Le Nigeria importe encore massivement du blé et du riz, ce qui pèse sur la balance commerciale et sur le naira. Si l'argent ne se transforme pas en production locale, le pays restera dépendant des marchés internationaux et des fluctuations des prix. Le rapport de Regius Capital a le mérite de poser clairement la question : l'agriculture nigériane a besoin de capitaux, mais surtout d'une stratégie pour les rendre productifs.
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